Vive la France

(paroles de Paul Déroulède et musique de Charles Gounod, 1877)
Oui, France, on t'a vaincue, on t'a réduite même;
Et comme il n'a pas eu pour preuve le succès,
A ton courage encore on jette l'anathème,
Et les Français s'en vont rabaissant les Français.

Que la faute fut grande et cette guerre folle,
Qui le nie ? Ils sont las nos désastres d'hier.
Mais qu'au bruit des canons tout un passé s'envole !
Que tout un avenir soit brisé sous ce fer !

Que la France n'ait plus, chez les peuples du monde,
Ni voix dans leurs arrêts ni place à leurs grandeurs !...
C'est une calomnie infame et si profonde,
Qu'un vaincu qui la dit étonne ses vainqueurs.

Non, France, ne crois pas ceux qui te disent lache,
Ceux qui voudraient nier ton ame et ses efforts :
Sans gloire et sans bonheur, tes fils ont fait leur tache,
Mais ils l'ont faite, et Dieu ne compte plus tes morts.

J'ai vu de pauvres gens tomber sans une plainte;
D'autres - je les ai vus - ont combattu joyeux,
Et, pieux chevaliers de cette guerre sainte,
Sont morts, l'amour dans l'ame et le ciel dans les yeux.

Ils ont lutté, n'étant ni l'espoir ni le nombre.
Et sans cesse détruits, et renaissant toujours,
C'est un éclair divin de cette époque sombre,
Que ces martyrs voulant leurs supplices moins courts.

Je les ai vus, marchant les pieds nus dans la neige,
Succomber de fatigue et non de désespoir;
La misère et la faim leur servaient de cortège,
Mais ils marchaient, ayant pout guide le devoir.

J'en ai vu qui, captifs, s'échappaient d'Allemagne,
Revenaient aux dangers à travers les dangers,
Et, sans revoir leurs toits, reprenant la campagne,
Retombaient par deux fois aux mains des étrangers.

Ce n'était pas toujours des soldats, notre armée !
Mais j'ai vu des blessés venir, saignant encor,
Reprendre dans les rangs leur place accoutumée,
Et, luttant tout meurtris, se guérir dans la mort.

J'ai vu des régiments, aux jours de défaillance,
Se porter en avant et se dévouer seuls,
Pour qu'on pût dire au moins, en parlant de la France,
Que ses drapeaux étaient encor de fiers linceuls;

Que nous savions encor mourir, sinon combattre.
Et puis, nous n'avons pas toujours été si bas :
Froeschwiller est l'assaut d'un homme contre quatre,
Et de ces assauts-là les Prussiens n'en font pas !

Gravelotte et Borny ne sont pas des défaites;
Les vivants ont vengé les morts de Champigny;
Les gloires de Strasbourg échappent aux conquêtes,
Et Paris affamé n'a jamais défailli !

Oui, Français, c'est un sang vivace que le vôtre !
Les tombes de vos fils sont pleines de héros;
Mais sur le sol sanglant où le vainqueur se vautre,
Tous vos fils, ô Français ! ne sont pas aux tombeaux.

Et la revanche doit venir, lente peut-être,
Mais en tout cas fatale, et terrible à coup sûr;
La haine est déjà née, et la force va naître :
C'est au faucheur à voir si le champ n'est pas mûr.


NB: La Marseillaise est déclarée chant national le 14 juillet 1795. Mais elle est concurrencée au début par un autre chant patriotique écrit en 1795 en réaction contre la Terreur : il s'agit du Le Réveil du Peuple.
Interdite sous l'Empire puis la Restauration, elle est reprise après la révolution de 1830. En 1871,la Marseillaise de la Commune de Mme Jules Faure devient l'hymne de la Commune de Paris.

Les élites politiques de la IIIe République (soucieuses d'ordre moral dans le début des années 1870) considèrent La Marseillaise comme une chanson blasphématoire et subversive et, après maintes hésitations, commandent en 1877 à Charles Gounod la musique d'un hymne qu'il compose sur des paroles du poète Paul Déroulède ce chant Vive la France, un chant de concorde plus pacifique que La Marseillaise. Mais, craignant un retour de la monarchie, les députés républicains redécouvrent les vertus émancipatrices de La Marseillaise et en font l'hymne national par la loi de 14 février 1879


Vive la France
(paroles de Paul Déroulède et musique de Charles Gounod, 1877)



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