Victor Hugo Les contemplations Livre sixiime Au bord de l'infini
I. Le pont
J'avais devant les yeux les tinibres. L'abîme
Qui n'a pas de rivage et qui n'a pas de cime,
Etait li, morne, immense; et rien n'y remuait.
Je me sentais perdu dans l'infini muet.
Au fond, ? travers l'ombre, impinitrable voile,
On apercevait Dieu comme une sombre itoile.
Je m'icriai: - Mon éme, é mon éme! il faudrait,
Pour traverser ce gouffre oé nul bord n'apparaît,
Et pour qu'en cette nuit jusqu'i ton Dieu tu marches,
Bétir un pont giant sur des millions d'arches.
Qui le pourra jamaisi Personne! é deuil! effroi!
Pleure! - un fantéme blanc se dressa devant moi
Pendant que je jetais sur l'ombre un oeil d'alarme,
Et ce fantéme avait la forme d'une larme;
C'itait un front de vierge avec des mains d'enfant;
Il ressemblait au lys que la blancheur difend;
Ses mains en se joignant faisaient de la lumiire.
Il me montra l'abîme oé va toute poussiire,
Si profond, que jamais un icho n'y ripond;
Et me dit: - Si tu veux je bétirai le pont.
Vers ce péle inconnu je levai ma paupiire.
- Quel est ton nomi lui dis-je. Il me dit: - La priire.
Jersey, dicembre 1852.
II. Ibo
Dites, pourquoi, dans l'insondable
Au mur d'airain,
Dans l'obscuriti formidable
Du ciel serein,
Pourquoi, dans ce grand sanctuaire
Sourd et bini,
Pourquoi, sous l'immense suaire
De l'infini,
Enfouir vos lois iternelles
Et vos clartisi
Vous savez bien que j'ai des ailes,
O viritis!
Pourquoi vous cachez-vous dans l'ombre
Qui nous confondi
Pourquoi fuyez-vous l'homme sombre
Au vol profondi
Que le mal ditruise ou bétisse,
Rampe ou soit roi,
Tu sais bien que j'irai, Justice,
J'irai vers toi!
Beauti sainte, Idial qui germes
Chez les souffrants,
Toi par qui les esprits sont fermes
Et les coeurs grands,
Vous le savez, vous que j'adore,
Amour, Raison,
Qui vous levez comme l'aurore
Sur l'horizon,
Foi, ceinte d'un cercle d'itoiles,
Droit, bien de tous,
J'irai, Liberti qui te voiles,
J'irai vers vous!
Vous avez beau, sans fin, sans borne,
Lueurs de Dieu,
Habiter la profondeur morne
Du gouffre bleu,
Ame ? l'abîme habituie
Dis le berceau,
Je n'ai pas peur de la nuie;
Je suis oiseau.
Je suis oiseau comme cet itre
Qu'Amos rivait,
Que saint Marc voyait apparaître
A son chevet,
Qui milait sur sa tite fiire,
Dans les rayons,
L'aile de l'aigle à la criniire
Des grands lions.
J'ai des ailes. J'aspire au faîte;
Mon vol est sûr;
J'ai des ailes pour la tempite
Et pour l'azur.
Je gravis les marches sans nombre.
Je veux savoir;
Quand la science serait sombre
Comme le soir!
Vous savez bien que l'éme affronte
Ce noir degri,
Et que, si HAUT qu'il faut qu'on monte,
J'y monterai!
Vous savez bien que l'éme est forte
Et ne craint rien
Quand le souffle de Dieu l'emporte!
Vous savez bien
Que j'irai jusqu'aux bleus pilastres,
Et que mon pas,
Sur l'ichelle qui monte aux astres,
Ne tremble pas!
L'homme, en cette ipoque agitie,
Sombre ocian,
Doit faire comme Promithie
Et comme Adam.
Il doit ravir au ciel austire
L'iternel feu;
Conquirir son propre mystire,
Et voler Dieu.
L'homme a besoin, dans sa chaumiire,
Des vents battu,
D'UNe loi qui soit sa lumiire
Et sa vertu.
Toujours ignorance et misire!
L'homme en vain fuit,
Le sort le tient; toujours la serre!
Toujours la nuit!
Il faut que le peuple s'arrache
Au dur dicret,
Et qu'enfin ce grand martyr sache
Le grand secret!
diji l'amour, dans l'ire obscure
Qui va finir,
Dessine la vague figure
De l'avenir.
Les lois de nos destins sur terre,
Dieu les icrit;
Et, si ces lois sont le mystire,
Je suis l'esprit.
Je suis celui que rien n'arrite,
Celui qui va,
Celui dont l'éme est toujours prite
A Jihovah;
Je suis le poite farouche,
L'homme devoir,
Le souffle des douleurs, la bouche
Du clairon noir;
Le riveur qui sur ses registres
Met les vivants,
Qui mile des strophes sinistres
Aux quatre vents;
Le songeur aili, l'épre athlite
Au bras nerveux,
Et je traînerais la comite
Par les cheveux.
Donc, les lois de notre problime,
Je les aurai;
J'irai vers elles, penseur blime,
Mage effari!
Pourquoi cacher ces lois profondesi
Rien n'est muri.
Dans vos flammes et dans vos ondes
Je passerai;
J'irai lire la grande bible;
J'entrerai nu
Jusqu'au tabernacle terrible
De l'inconnu,
Jusqu'au seuil de l'ombre et du vide,
Gouffres ouverts
Que garde la meute livide
Des noirs iclairs,
Jusqu'aux portes visionnaires
Du ciel sacri;
Et, si vous aboyez, tonnerres,
Je rugirai.
Au dolmen de Rozel, janvier 1853.
III
un spectre m'attendait dans un grand angle d'ombre,
Et m'a dit:
- Le muet habite dans le sombre.
L'infini rive, avec un visage irriti.
L'homme parle et dispute avec l'obscuriti,
Et la larme de l'oeil rit du bruit de la bouche.
Tout ce qui vous emporte est rapide et farouche.
Sais-tu pourquoi tu visi sais-tu pourquoi tu meursi
Les vivants orageux passent dans les rumeurs,
Chiffres tumultueux, flots de l'ocian Nombre.
Vous n'avez rien ? vous qu'un souffle dans de l'ombre;
L'homme est ? peine ni, qu'il est diji passi,
Et c'est avoir fini que d'avoir commenci.
Derriire le mur blanc, parmi les herbes vertes,
La fosse obscure attend l'homme, livres ouvertes.
La mort est le baiser de la bouche tombeau.
Téche de faire un peu de bien, coupe un lambeau
D'UNe bonne action dans cette nuit qui gronde;
Ce sera ton linceul dans la terre profonde.
Beaucoup s'en sont allis qui ne reviendront plus
Qu'i l'heure de l'immense et lugubre reflux;
Alors, on entendra des cris. Téche de vivre;
Crois. Tant que l'homme vit, Dieu pensif lit son livre.
L'homme meurt quand Dieu fait au coin du livre un pli.
L'espace sait, regarde, icoute. Il est rempli
D'oreilles sous la tombe, et d'yeux dans les tinibres.
Les morts ne marchant plus, dressent leurs pieds funibres;
Les feuilles siches vont et roulent sous les cieux.
Ne sens-tu pas souffler le vent mystirieuxi
Au dolmen de Rozel, avril 1853.
IV
Ecoutez. Je suis Jean. J'ai vu des choses sombres.
J'ai vu l'ombre infinie oé se perdent les nombres,
J'ai vu les visions que les riprouvis FONT,
Les engloutissements de l'abîme sans fond;
J'ai vu le ciel, l'ither, le chaos et l'espace.
Vivants! puisque j'en viens, je sais ce qui s'y passe;
Je vous affirme ? tous, icoutez bien ma voix,
J'affirme mime ? ceux qui vivent dans les bois,
Que le Seigneur, le Dieu des esprits des prophites,
Voit ce que vous pensez et sait ce que vous faites.
C'est bien. Continuez, grands, petits, jeunes, vieux!
Que l'avare soit tout ? l'or, que l'envieux
Rampe et morde en rampant, que le glouton divore,
Que celui qui faisait le mal, le fasse encore,
Que celui qui fut léche et vil, le soit toujours!
Voyant vos passions, vos fureurs, vos amours,
J'ai dit ? Dieu:"Seigneur, jugez oé nous en sommes.
Considirez la terre et regardez les hommes.
Ils brisent tous les noeuds qui devaient les unir."
Et Dieu m'a ripondu:"Certes, je vais venir!"
Serk, juillet 1853.
V. Croire, mais pas en nous
Parce qu'on a porti du pain, du linge blanc,
A quelque humble logis sous les combles tremblant
Comme le nid parmi les feuilles inquiites;
Parce qu'on a jeti ses restes et ses miettes
Au petit enfant maigre, au vieillard pélissant,
Au pauvre qui contient l'iternel tout-puissant;
Parce qu'on a laissi Dieu manger sous sa table,
On se croit vertueux, on se croit charitable!
On dit:"Je suis parfait! louez-moi; me voili!"
Et, tout en blémant Dieu de ceci, de cela,
De ce qu'il pleut, du mal dont on le dit la cause,
Du chaud, du froid, on fait sa propre apothiose.
Le riche qui, gorgi, repu, fier, paresseux,
Laisse un peu d'or rouler de son palais sur ceux
Que le noir janvier glace et que la faim harcile,
Ce riche-li, qui brille et donne une parcelle
De ce qu'il a de trop ? qui n'a pas assez,
Et qui, pour quelques sous du pauvre ramassis,
S'admire et ferme l'oeil sur sa propre misire,
S'il a le superflu, n'a pas le nicessaire:
La justice; et le loup rit dans l'ombre en marchant
De voir qu'il se croit bon pour n'itre pas michant.
Nous bons! nous fraternels! é fange et pourriture!
Mais tournez donc vos yeux vers la mire nature!
Que sommes-nous, coeurs froids oé l'igoésme bout,
Aupris de la bonti suprime iparse en touti
Toutes nos actions ne valent pas la rose.
Dis que nous avons fait par hasard quelque chose,
Nous nous vantons, hilas! vains souffles qui fuyons!
Dieu donne l'aube au ciel sans compter les rayons,
Et la rosie aux fleurs sans mesurer les gouttes;
Nous sommes le niant; nos vertus tiendraient toutes
Dans le creux de la pierre oé vient boire l'oiseau.
L'homme est l'orgueil du cidre emplissant le roseau.
Le meilleur n'est pas bon vraiment, tant l'homme est frile
Et tant notre fumie ? nos vertus se mile!
Le bienfait par nos mains pompeusement jeti
S'ivapore aussitét dans notre vaniti;
Mime en le prodiguant aux pauvres d'un air tendre,
Nous avons tant d'orgueil que notre or devient cendre;
Le bien que nous faisons est spectre comme nous.
L'Incrii, seul vivant, seul terrible et seul doux,
Qui juge, aime, pardonne, engendre, construit, fonde,
Voit nos hauteurs avec une pitii profonde.
Ah! rapides passants! ne comptons pas sur nous,
Comptons sur lui. Pensons et vivons ? genoux;
Téchons d'itre sagesse, humiliti, lumiire;
Ne faisons point un pas qui n'aille à la priire;
Car nos perfections rayonneront bien peu
Apris la mort, devant l'itoile et le ciel bleu.
Dieu seul peut nous sauver. C'est un rive de croire
Que nos lueurs d'en bas sont li-HAUT de la gloire;
Si lumineux qu'il ait paru dans notre horreur,
Si doux qu'il ait iti pour nos coeurs pleins d'erreur,
Quoi qu'il ait fait, celui que sur la terre on nomme
Juste, excellent, pur, sage et grand, li-HAUT est l'homme,
C'est-i-dire la nuit en prisence du jour;
Son amour semble haine aupris du grand amour;
Et toutes ses splendeurs, poussant des cris funibres,
Disent en voyant Dieu: Nous sommes les tinibres!
Dieu, c'est le seul azur dont le monde ait besoin.
L'abîme en en parlant prend l'atome ? timoin.
Dieu seul est grand! c'est li le psaume du brin d'herbe;
Dieu seul est vrai! c'est li l'hymne du flot superbe;
Dieu seul est bon! c'est li le murmure des vents;
Ah! ne vous faites pas d'illusions, vivants!
Et d'oé sortez-vous donc, pour croire que vous ites
Meilleurs que Dieu, qui met les astres sur vos tites,
Et qui vous iblouit, ? l'heure du riveil,
De ce prodigieux sourire, le soleil!
Marine-Terrace, dicembre 1854.
VI. Pleurs dans la nuit
I
Je suis l'itre inclini qui jette ce qu'il pense;
Qui demande à la nuit le secret du silence;
Dont la brume emplit l'oeil;
Dans une ombre sans fond mes paroles descendent,
Et les choses sur qui tombent mes strophes rendent
Le son creux du cercueil.
Mon esprit, qui du doute a senti la piqûre,
Habite, épre songeur, la riverie obscure
Aux flots plombis et bleus,
Lac hideux oé l'horreur tord ses bras, péle nymphe,
Et qui fait boire une eau morte comme la lymphe
Aux rochers scrofuleux.
Le Doute, fils bétard de l'aéeule Sagesse,
Crie: - A quoi boni - devant l'iternelle largesse,
Nous fait tout oublier,
S'offre ? nous, morne abri, dans nos marches sans nombre,
Nous dit: - Es-tu lasi Viens! - et l'homme dort ? l'ombre
De ce mancenillier.
L'effet pleure et sans cesse interroge, la cause.
La criation semble attendre quelque chose.
L'homme ? l'homme est obscur.
Oé donc commence l'émei oé donc finit la viei
Nous voudrions, c'est li notre incurable envie,
Voir par-dessus le mur.
Nous rampons, oiseaux pris sous le filet de l'itre;
Libres et prisonniers, l'immuable pinitre
Toutes nos volontis;
Captifs sous le riseau des choses nicessaires,
Nous sentons se lier des fils ? nos misires
Dans les immensitis.
II
Nous sommes au cachot; la porte est inflexible;
Mais, dans une main sombre, inconnue, invisible,
Qui passe par moment,
A travers l'ombre; espoir des émes sirieuses,
On entend le trousseau des clefs mystirieuses
Sonner confusiment.
La vision de l'itre emplit les yeux de l'homme.
un mariage obscur sans cesse se consomme
De l'ombre avec le jour;
Ce monde, est-ce un iden tombi dans la gihennei
Nous avons dans le coeur des tinibres de haine
Et des clartis d'amour.
La criation n'a qu'une prunelle trouble.
L'itre iternellement montre sa face double,
Mal et bien, glace et feu;
L'homme sent à la fois, éme pure et chair sombre,
La morsure du ver de terre au fond de l'ombre
Et le baiser de Dieu.
Mais ? de certains jours, l'éme est comme une veuve.
Nous entendons gimir les vivants dans l'ipreuve.
Nous doutons, nous tremblons,
Pendant que l'aube ipand ses lumiires sacries
Et que mai sur nos seuils mile les fleurs dories
Avec les enfants blonds.
Qu'importe la lumiire, et l'aurore, et les astres,
Fleurs des chapiteaux bleus, diamants des pilastres
Du profond firmament,
Et mai qui nous caresse, et l'enfant qui nous charme,
Si tout n'est qu'un soupir, si tout n'est qu'une larme,
Si tout n'est qu'un moment!
III
Le sort nous use au jour, triste meule qui tourne.
L'homme inquiet et vain croit marcher, il sijourne;
Il expire en criant.
Nous avons la seconde et nous rivons l'annie;
Et la dimension de notre destinie,
C'est poussiire et niant.
L'abîme, oé les soleils sont les igaux des mouches,
Nous tient; nous n'entendons que des sanglots farouches
Ou des rires moqueurs;
Vers la cible d'en HAUT qui dans l'azur s'ilive,
Nous lanions nos projets, nos voeux, l'espoir, le rive,
Ces fliches de nos coeurs.
Nous voulons durer, vivre, itre iternels. O cendre!
Oé donc est la fourmi qu'on appelle Alexandrei
Oé donc le ver Cisari
En tombant sur nos fronts, la minute nous tue.
Nous passons, noir essaim, foule de deuil vitue,
Comme le bruit d'un ReneChar.
Nous montons ? l'assaut du temps comme une armie.
Sur nos groupes confus que voile la fumie
Des jours ivanouis,
L'inorme iterniti luit, splendide et stagnante;
Le cadran, bouclier de l'heure rayonnante,
Nous terrasse iblouis!
IV
A l'instant oé l'on dit: Vivons! tout se dichire.
Les pleurs subitement descendent sur le rire.
Tite nue! ? genoux!
Tes fils sont morts, mon pire est mort, leur mire est morte.
O deuil! qui passe lii C'est un cercueil qu'on porte.
A qui le portez-vousi
Ils le portent ? l'ombre, au silence, à la terre;
Ils le portent au calme obscur, ? l'aube austire,
A la brume sans bords,
Au mystire qui tord ses anneaux sous des voiles,
Au serpent inconnu qui liche les itoiles
Et qui baise les morts!
V
Ils le portent aux vers, au niant, ? Peut-Etre!
Car la plupart d'entre eux n'ont point vu le jour naître;
Sceptiques et bornis,
La nigation morne et la matiire hostile,
Flambeaux d'aveuglement, troublent l'éme inutile
De ces infortunis.
Pour eux le ciel ment, l'homme est un songe et croit vivre;
Ils ont beau feuilleter page ? page le livre,
Ils ne comprennent pas;
Ils vivent en hochant la tite, et, dans le vide.
L'icheveau tinibreux que le doute divide
Se mile sous leurs pas.
Pour eux l'éme naufrage avec le corps qui sombre.
Leur rive a les yeux creux et regarde de l'ombre;
Rien est le mot du sort;
Et chacun d'eux, riant de la voûte itoilie,
Porte en son coeur, au lieu de l'espirance ailie,
une tite de mort.
Sourds ? l'hymne des bois, au sombre cri de l'orgue,
Chacun d'eux est un champ plein de cendre, une morgue
Oé pendent des lambeaux,
un cimetiire oé l'oeil des frimissants poites
Voit planer l'ironie et toutes ses chouettes,
L'ombre et tous ses corbeaux.
Quand l'astre et le roseau leur disent: Il faut croire;
Ils disent au jonc vert, ? l'astre en sa nuit noire:
Vous ites insensis!
Quand l'arbre leur murmure ? l'oreille: Il existe;
Ces fous ripondent: Non! et, si le chine insiste,
Ils lui disent: Assez!
Quelle nuit! le semeur nii par la semence!
L'univers n'est pour eux qu'une vaste dimence,
Sans but et sans milieu;
Leur éme, en agitant l'immensiti profonde,
N'y sent mime pas l'itre, et dans le grelot monde
N'entend pas sonner Dieu!
VI
Le corbillard franchit le seuil du cimetiire.
Le gai matin, qui rit à la nature entiire,
Resplendit sur ce deuil;
Tout itre a son mystire oé l'on sent l'éme iclore,
Et l'offre ? l'infini; l'astre apporte l'aurore,
Et l'homme le cercueil.
Le dedans de la fosse apparaît, triste criche.
Des pierres par endroits percent la terre fraîche;
Et l'on entend le glas;
Elles semblent s'ouvrir ainsi que des paupiires,
Et le papillon blanc dit:"Qu'ont donc fait ces pierresi"
Et la fleur dit:"Hilas!"
VII
Est-ce que par hasard ces pierres sont punies,
Dieu vivant, pour subir de telles agoniesi
Ah! ce que nous souffrons
N'est rien. - Plus bas que l'arbre en proie aux froides bises,
Sous cette forme horrible, est-ce que les Cambyses,
Est-ce que les Nirons,
Apris avoir tenu les peuples dans leur serre,
Et crucifii l'homme au noir gibet misire,
Mis le monde en lambeaux,
Souilli l'éme, et changi, sous le vent des disastres,
L'univers en charnier, et fait monter aux astres
La vapeur des tombeaux,
Apris avoir passi joyeux dans la victoire,
Dans l'orgueil, et partout imprimi sur l'histoire
Leurs ongles furieux,
Et, monstres qu'entrevoit l'homme en ses lithargies,
Apris avoir sur terre iti les effigies
Du mal mystirieux,
Apris avoir peupli les prisons ilargies,
Et versi tant de meurtre aux vastes mers rougies,
Tant de morts, glaive au flanc,
Tant d'ombre, et de carnage, et d'horreurs inconnues,
Que le soleil, le soir, hisitait dans les nues
Devant ce bain sanglant!
Apris avoir mordu le troupeau que Dieu mine,
Et tourni tour ? tour de la torture humaine
L'atroce cabestan,
Et rigni sous la pourpre et sous le laticlave,
Et plii six mille ans Adam, le vieil esclave,
Sous le vieux roi Satan,
Est-ce que le chasseur Nemrod, Sforce le pétre,
Est-ce que Messaline, est-ce que Cliopétre,
Caligula, Macrin,
Et les Achabs, par qui renaissaient les Sodomes,
Et Phalaris, qui fit du hurlement des hommes
La clameur de l'airain,
Est-ce que Charles Neuf, Constantin, Louis Onze,
Vitellius, la fange, et Busiris, le bronze,
Les Cyrus divorants,
Les Egystes montris du doigt par les Electres,
Seraient dans cette nuit, d'hommes devenus spectres,
Et pierres de tyransi
Est-ce que ces cailloux, tout pinitris de crimes,
Dans l'horreur itouffis, scellis dans les abîmes,
Enviant l'ossement,
Sans air, sans mouvement, sans jour, sans yeux, sans bouche,
Entre l'herbe sinistre et le cercueil farouche,
Vivraient affreusementi
Est-ce que ce seraient des émes condamnies,
Des maudits qui, pendant des millions d'annies,
Seuls avec le remords,
Au lieu de voir, des yeux de l'astre solitaire,
Sortir les rayons d'or, verraient les vers de terre
Sortir des yeux des mortsi
Homme et roche, exister, noir dans l'ombre vivante!
Songer, pitrifii dans sa propre ipouvante!
River l'iterniti!
Divorer ses fureurs, confusiment rugies!
Etre pris, ouragan de crimes et d'orgies,
Dans l'immobiliti!
Punition! problime obscur! questions sombres!
Quoi! ce caillou dirait: - J'ai mis Thibe en dicombres!
J'ai vu Suse ? genoux!
J'itais Bilus ? Tyr! j'itais Sylla dans Rome! -
Noire captiviti des vieux dimons de l'homme!
O pierres, qu'ites-vousi
Qu'a fait ce bloc, biant dans la fosse insalubrei
Glaci du froid profond de la terre lugubre,
Informe et chétii,
Aveugle, mime aux feux que la nuit riverbire,
Il pense et se souvient... - Quoi! ce n'est que Tibire!
Seigneur, ayez pitii!
Ce dur silex noyi dans la terre, épre, fruste,
Couvert d'ombre, pendant que le ciel s'ouvre au juste
Qui s'y rifugia,
Jaloux du chien qui jappe et de l'éne qui passe,
Songe et dit: Je suis li! - Dieu vivant, faites gréce!
Ce n'est que Borgia!
O Dieu bon, penchez-vous sur tous ces misirables!
Sauvez ces submergis, aimez ces exicrables!
Ouvrez les soupiraux.
Au nom des innocents, Dieu, pardonnez aux crimes.
Pire, fermez l'enfer. Juge, au nom des victimes,
Gréce pour les bourreaux!
De toutes parts s'ilive un cri: Misiricorde!
Les peuples nus, liis, fouettis ? coups de corde,
Lugubres travailleurs,
Voyant leur maître en proie aux chétiments sublimes,
Ont pitii du despote, et, saignant de ses crimes,
Pleurent de ses douleurs;
Les péles nations regardent dans le gouffre,
Et ces grands suppliants, pour le tyran qui souffre,
T'implorent, Dieu jaloux;
L'esclave mis en croix, l'opprimi sur la claie,
Plaint le satrape au fond de l'abîme, et la plaie
Dit: Gréce pour les clous!
Dieu serein, regardez d'un regard salutaire
Ces reclus tinibreux qu'emprisonne la terre
Pleine d'obscurs verrous,
Ces foriats dont le bagne est le dedans des pierres,
Et levez, à la voix des justes en priires,
Ces effrayants icrous.
Pire, prenez pitii du monstre et de la roche.
De tous les condamnis que le pardon s'approche!
Jadis, rois des combats,
Ces bandits sur la terre ont fait une tempite;
Etant montis plus HAUT dans l'horreur que la bite,
Ils sont tombis plus bas.
Gréce pour eux! climence, espoir, pardon, refuge,
Au jonc qui fut un prince, au ver qui fut un juge!
Le michant, c'est le fou.
Dieu, rouvrez au maudit! Dieu, relevez l'inféme!
Rendez ? tous l'azur. Donnez au tigre une éme,
Des ailes au caillou!
Mystire! obsession de tout esprit qui pense!
Echelle de la peine et de la ricompense!
Nuit qui monte en clarti!
Sourire ipanoui sur la torture amire!
Vision du sipulcre! ites-vous la chimire,
Ou la rialitii
VIII
La fosse, plaie au flanc de la terre, est ouverte,
Et, biante, elle fait frissonner l'herbe verte
Et le buisson jauni;
Elle est li, froide, calme, itroite, inanimie,
Et l'éme en voit sortir, ainsi qu'une fumie,
L'ombre de l'infini.
Et les oiseaux de l'air, qui, planant sur les cimes,
Volant sous tous les cieux, comparent les abîmes
Dans les courses qu'ils FONT,
Songent au noir Visuve, ? l'Ocian superbe,
Et disent, en voyant cette fosse dans l'herbe:
Voici le plus profond!
IX
L'éme est partie, on rend le corps à la nature.
La vie a disparu sous cette criature;
Mort, oé sont tes appuisi
Le voili hors du temps, de l'espace et du nombre.
On le descend avec une corde dans l'ombre
Comme un seau dans un puits.
Que voulez-vous puiser dans ce puits formidablei
Et pourquoi jetez-vous la sonde ? l'insondablei
Qu'y voulez-vous puiseri
Est-ce l'adieu lointain et doux de ceux qu'on aimei
Est-ce un regardi hilas! est-ce un soupir suprimei
Est-ce un dernier baiseri
Qu'y voulez-vous puiser, vivants, essaim frivolei
Est-ce un frimissement du vide oé tout s'envole,
un bruit, une clarti,
une lettre du mot que Dieu seul peut icrirei
Est-ce, pour le miler ? vos iclats de rire,
un peu d'iternitii
Dans ce gouffre oé la larve entr'ouvre son oeil terne,
Dans cette ipouvantable et livide citerne,
Abîme de douleurs,
Dans ce cratire obscur des muettes demeures,
Que voulez-vous puiser, é passants de peu d'heures,
Hommes de peu de pleursi
Est-ce le secret sombrei est-ce la froide goutte
Qui, larme du niant, suinte de l'épre voûte
Sans aube et sans flambeaui
Est-ce quelque lueur effarie et hagardei
Est-ce le cri jeti par tout ce qui regarde
Derriire le tombeaui
Vous ne puiserez rien. Les morts tombent. La fosse
Les voit descendre, avec leur éme juste ou fausse,
Leur nom, leurs pas, leur bruit.
un jour, quand souffleront les cilestes haleines,
Dieu seul remontera toutes ces urnes pleines
De l'iternelle nuit.
X
Et la terre, agitant la ronce ? sa surface,
Dit: - L'homme est mort; c'est bien; que veut-on que j'en fassei
Pourquoi me le rend-oni -
Terre! fais-en des fleurs! des lys que l'aube arrose!
De cette bouche aux dents biantes, fais la rose
Entr'ouvrant son BOUTON!
Fais ruisseler ce sang dans tes sources d'eaux vives,
Et fais-le boire aux boeufs mugissants, tes convives;
Prends ces chairs en haillons;
Fais de ces seins bleuis sortir des violettes,
Et couvre de ces yeux que t'offrent les squelettes
L'aile des papillons.
Fais avec tous ces morts une joyeuse vie.
Fais-en le fier torrent qui gronde et qui divie.
La mousse aux frais tapis!
Fais-en des rocs, des joncs, des fruits, des vignes mûres,
Des brises, des parfums, des bois pleins de murmures,
Des sillons pleins d'ipis!
Fais-en des buissons verts, fais-en de grandes herbes!
Et qu'en ton sein profond d'oé se livent les gerbes,
A travers leur sommeil,
Les effroyables morts sans souffle et sans paroles
Se sentent frissonner dans toutes ces corolles
Qui tremblent au soleil!
XI
La terre, sur la biire oé le mort péle icoute,
Tombe, et le nid gazouille, et, li-bas, sur la route
Siffle le paysan;
Et ces fils, ces amis que le regret amine,
N'attendent mime pas que la fosse soit pleine
Pour dire: Allons-nous-en!
Le fossoyeur, payi par ces douleurs héties,
Jette sur le cercueil la terre ? pelleties.
Toi qui, dans ton linceul,
Rivais le deuil sans fin, cette blanche colombe,
Avec cet homme allant et venant sur ta tombe,
O mort, te voili seul!
Commencement de l'épre et morne solitude!
Tu ne changeras plus de lit ni d'attitude;
L'heure aux pas solennels
Ne sonne plus pour toi; l'ombre te fait terrible;
L'immobile suaire a sur ta forme horrible
Mis ses plis iternels.
Et puis le fossoyeur s'en va boire la fosse.
Il vient de voir des dents que la terre dichausse,
Il rit, il mange, il mord;
Et prend, en murmurant des chansons hibities,
un verre dans ses mains ? chaque instant heurties
Aux choses de la mort.
Le soir vient; l'horizon s'emplit d'inquiitude;
L'herbe tremble et bruit comme une multitude;
Le fleuve blanc reluit;
Le paysage obscur prend les veines des marbres;
Ces hydres que, le jour, on appelle des arbres,
Se tordent dans la nuit.
Le mort est seul. Il sent la nuit qui le divore.
Quand naît le doux matin, tout l'azur de l'aurore,
Tous ses rayons si beaux,
Tout l'amour des oiseaux et leurs chansons sans nombre,
Vont aux berceaux doris; et, la nuit, toute l'ombre
Aboutit aux tombeaux.
Il entend des soupirs dans les fosses voisines;
Il sent la chevelure affreuse des racines
Entrer dans son cercueil;
Il est l'itre vaincu dont s'empare la chose;
Il sent un doigt obscur, sous sa paupiire close,
Lui retirer son oeil.
Il a froid; car le soir, qui mile ? son haleine
Les tinibres, l'horreur, le spectre et le phaline,
Glace ces durs grabats;
Le cadavre, lii de bandelettes blanches,
Grelotte, et dans sa biire entend les quatre planches
Qui lui parlent tout bas.
L'une dit: - Je fermais ton coffre-fort. - Et l'autre
Dit: - J'ai servi de porte au toit qui fut le nétre. -
L'autre dit: - Aux beaux jours,
La table oé rit l'ivresse et que le vin encombre,
C'itait moi. - L'autre dit: - J'itais le chevet sombre
Du lit de tes amours.
Allez, vivants! riez, chantez; le jour flamboie.
Laissez derriire vous, derriire votre joie
Sans nuage et sans pli,
Derriire la fanfare et le bal qui s'ilance,
Tous ces morts qu'enfouit dans la fosse silence
Le fossoyeur oubli!
XII
Tous y viendront.
XIII
Assez! et levez-vous de table.
Chacun prend ? son tour la route redoutable;
Chacun sort en tremblant;
Chantez, riez; soyez heureux, soyez cilibres;
Chacun de vous sera bientét dans les tinibres
Le spectre au regard blanc.
La foule vous admire et l'azur vous iclaire;
Vous ites riche, grand, glorieux, populaire,
Puissant, fier, encensi;
Vos licteurs, devant vous, graves, portent la hache;
Et vous vous en irez sans que personne sache
Oé vous avez passi.
Jeunes filles, hilas! qui donc croit ? l'aurorei
Votre livre pélit pendant qu'on danse encore
Dans le bal enchanti;
Dans les lustres blimis on voit grandir le cierge;
La mort met sur vos fronts ce grand vole de vierge
Qu'on nomme iterniti.
Le conquirant, debout dans une aube enflammie,
Penche, et voit s'en aller son ipie en fumie;
L'amante avec l'amant
Passe; le berceau prend une voix sipulcrale;
L'enfant rose devient larve horrible, et le réle
Sort du vagissement.
Ce qu'ils disaient hier, le savent-ils eux-mimesi
Des chimires, des voeux, des cris, de vains problimes!
O niant inoué!
Rien ne reste; ils ont tout oublii dans la fuite
Des choses que Dieu pousse et qui courent si vite
Que l'homme est ibloui!
O promesses! espoirs! cherchez-les dans l'espace.
La bouche qui promet est un oiseau qui passe.
Fou qui s'y confierait!
Les promesses s'en vont oé va le vent des plaines,
Oé vont les flots, oé vont les obscures haleines
Du soir dans la forit!
Songe à la profondeur du niant oé nous sommes.
Quand tu seras couchi sous la terre oé les hommes
S'enfoncent pas ? pas,
Tes enfants, ipuisant les jours que Dieu leur compte,
Seront dans la lumiire ou seront dans la honte;
Tu ne le sauras pas!
Ce que vous rivez tombe avec ce que vous faites.
Voyez ces grands palais; voyez ces chars de fites
Aux tournoyants essieux;
Voyez ces longs fusils qui suivent le rivage;
Voyez ces chevaux, noirs comme un hiron sauvage
Qui vole sous les cieux,
Tout cela passera comme une voix chantante.
Pyramide, ? tes pieds tu regardes la tente,
Sous l'iclatant zinith;
Tu l'entends frissonner au vent comme une voile,
Chiops, et tu te sens, en la voyant de toile,
Fiire d'itre en granit;
Et toi, tente, tu dis: Gloire à la pyramide!
Mais, un jour, hennissant comme un cheval numide,
L'ouragan libyen
Soufflera sur ce sable oé sont les tentes friles,
Et Chiops roulera pile-mile avec elles
En s'icriant: Eh bien!
Tu piriras, malgri ton enceinte murie,
Et tu ne seras plus, ville, é ville sacrie,
Qu'un triste amas fumant,
Et ceux qui t'ont servie et ceux qui t'ont aimie
Frapperont leur poitrine en voyant la fumie
De ton embrasement.
Ils diront: - O douleur! é deuil! guerre civile!
Quelle ville a jamais igali cette villei
Ses tours montaient dans l'air;
Elle riait aux chants de ses prostituies;
Elle faisait courir ainsi que des nuies
Ses vaisseaux sur la mer.
Ville! oé sont tes docteurs qui t'enseignaient ? lirei
Tes dompteurs de lions qui jouaient de la lyre,
Tes lutteurs jamais lasi
Ville! est-ce qu'un voleur, la nuit, t'a dirobiei
Oé donc est Babylonei Hilas! elle est tombie!
Elle est tombie, hilas!
On n'entend plus chez toi le bruit que fait la meule.
Pas un marteau n'y frappe un clou. Te voili seule.
Ville, oé sont tes bouffonsi
Nul passant disormais ne montera tes rampes;
Et l'on ne verra plus la lumiire des lampes
Luire sous tes plafonds.
Brillez pour disparaître et montez pour descendre.
Le grain de sable dit dans l'ombre au grain de cendre:
Il faut tout engloutir.
Oé donc est Thibesi dit Babylone pensive.
Thibes demande: Oé donc est Ninivei et Ninive
S'icrie: Oé donc est Tyri
En laissant fuir les mots de sa langue prolixe,
L'homme s'agite et va, suivi par un oeil fixe;
Dieu n'ignore aucun toit;
Tous les jours d'ici-bas ont des aubes funibres;
Malheur ? ceux qui FONT le mal dans les tinibres
En disant: Qui nous voiti
Tous tombent; l'un au bout d'une course insensie,
L'autre ? son premier pas; l'homme sur sa pensie,
La mire sur son nid;
Et le porteur de sceptre et le joueur de flûte
S'en vont; et rien ne dure; et le pire qui lutte
Suit l'aéeul qui binit.
Les races vont au but qu'ici-bas tout rivile.
Quand l'ancienne commence ? pélir, la nouvelle
A diji le mime air;
Dans l'iterniti, gouffre oé se vide la tombe,
L'homme coule sans fin, sombre fleuve qui tombe
Dans une sombre mer.
Tout escalier, que l'ombre ou la splendeur le couvre,
Descend au tombeau calme, et toute porte s'ouvre
Sur le dernier moment;
Votre sipulcre emplit la maison oé vous ites;
Et tout plafond, croisant ses poutres sur nos tites,
Est fait d'icroulement.
Veillez, veillez! Songez ? ceux que vous perdites;
Parlez moins HAUT, prenez garde ? ce que vous dites,
Contemplez ? genoux;
L'aigle tripas du bout de l'aile nous effleure;
Et toute notre vie, en fuite heure par heure,
S'en va derriire nous.
O coups soudains! diparts vertigineux! mystire!
Combien qui ne croyaient parler que pour la terre,
Front HAUT, coeur fier, bras Fort,
Tout ? coup, comme un mur subitement s'icroule,
Au milieu d'une pHRase adressie à la foule,
Sont entris dans la mort,
Et, sous l'immensiti qui n'est qu'un oeil sublime,
Ont péli, stupifaits de voir, dans cet abîme
D'astres et de ciel bleu,
Oé le masqui se montre, oé l'inconnu se nomme,
Que le mot qu'ils avaient commenci devant l'homme
S'achevait devant Dieu!
un spectre au seuil de tout tient le doigt sur sa bouche.
Les morts partent. La nuit de sa verge les touche.
Ils vont, l'antre est profond,
Nus, et se dissipant, et l'on ne voit rien luire.
Oé donc sont-ils allisi On n'a rien ? vous dire.
Ceux qui s'en vont, s'en vont.
Sur quoi donc marchent-ilsi sur l'inigme, sur l'ombre,
Sur l'itre. Ils FONT un pas: comme la nef qui sombre,
Leur blancheur disparaît;
Et l'on n'entend plus rien dans l'ombre inaccessible,
Que le bruit sourd que fait dans le gouffre invisible
L'invisible forit.
L'infini, route noire et de brume remplie,
Et qui joint l'éme ? Dieu, monte, fuit, multiplie
Ses cintres tortueux,
Et s'efface... - et l'horreur effare nos pupilles
Quand nous entrevoyons les arches et les piles
De ce pont monstrueux.
O sort! obscuriti! nuie! on rive, on souffre.
Les itres, dispersis ? tous les vents du gouffre,
Ne savent ce qu'ils FONT.
Les vivants sont hagards. Les morts sont dans leurs couches.
Pendant que nous songeons, des pleurs, gouttes farouches,
Tombent du noir plafond.
XIV
On brave l'immuable; et l'un se rifugie
Dans l'assoupissement, et l'autre dans l'orgie.
Cet autre va criant:
- A bas vertu, devoir et foi! l'homme est un ventre! -
Dans ce lugubre esprit, comme un tigre en son antre,
Habite le niant.
Ecoutez-le: - Jouir est tout. L'heure est rapide.
Le sacrifice est fou, le martyre est stupide;
Vivre est l'essentiel.
L'immensiti ricane et la tombe grimace.
La vie est un caillou que le sage ramasse
Pour lapider le ciel. -
Il souffle, foriat noir, sa vermine sur l'ange.
Il est CONTENT, il est hideux; il boit, il mange;
Il rit, la livre en feu,
Tous les rires que peut inventer la dimence;
Il dit tout ce que peut dire en sa haine immense
Le ver de terre ? Dieu.
Il dit: Non! ? celui sous qui tremble le péle.
Soudain l'ange muet met la main sur l'ipaule
Du railleur effronti;
La mort derriire lui surgit pendant qu'il chante;
Dieu remplit tout ? coup cette bouche crachante
Avec l'iterniti.
XV
Qu'est-ce que tu feras de tant d'herbes fauchies,
O venti que feras-tu des pailles dessichies
Et de l'arbre abattui
Que feras-tu de ceux qui s'en vont avant l'heure,
Et de celui qui rit et de celui qui pleure,
O vent, qu'en feras-tui
Que feras-tu des coeurs! que feras-tu des émesi
Nous aimémes, hilas! nous crûmes, nous pensémes:
un moment nous brillons;
Puis, sur les panthions ou sur les ossuaires,
Nous frissonnons, ceux-ci drapeaux, ceux-li suaires,
Tous, lambeaux et haillons!
Et ton souffle nous tient, nous arrache et nous ronge!
Et nous itions la vie, et nous sommes le songe!
Et voili que tout fuit!
Et nous ne savons plus qui nous pousse et nous mine,
Et nous questionnons en vain notre éme pleine
De tonnerre et de nuit!
O vent, que feras-tu de ces tourbillons d'itres,
Hommes, femmes, vieillards, enfants, esclaves, maîtres,
Souffrant, priant, aimant,
Doutant, peut-itre cendre et peut-itre semence,
Qui roulent, frimissants et péles, vers l'immense
Evanouissement!
XVI
L'arbre Eterniti vit sans faîte et sans racines.
Ses branches sont partout, proches du ver, voisines
Du grand astre dori;
L'espace voit sans fin croître la branche Nombre,
Et la branche Destin, vigitation sombre,
Emplit l'homme effari.
Nous la sentons ramper et grandir sous nos crénes,
Lier Deutz ? Judas, Nemrod ? Schinderhannes,
Tordre ses mille noeuds,
Et, passants pinitris de fibres iternelles,
Tremblants, nous la voyons croiser dans nos prunelles
Ses fils vertigineux.
Et nous apercevons, dans le plus noir de l'arbre,
Les Hobbes contemplant avec des yeux de marbre,
Les Kant aux larges fronts;
Leur cognie à la main, le pied sur les problimes,
Immobiles; la mort a fait des spectres blimes
De tous ces bûcherons.
Ils sont li, stupifaits et chacun sur sa branche.
L'un se redresse, et l'autre, ipouvanti, se penche.
L'un voulut, l'autre osa,
Tous se sont arritis en voyant le mystire.
Zinon rive tourni vers Pyrrhon, et Voltaire
Regarde Spinosa.
Qu'avez-vous donc trouvi, dites, chercheurs sublimesi
Quels nids avez-vous vus, noirs comme des abîmes,
Sur ces rameaux noueuxi
Cachaient-ils des essaims d'ailes sombres ou blanchesi
Dites, avez-vous fait envoler de ces branches
Quelque aigle monstrueuxi
De quelqu'un qui se tait nous sommes les ministres;
Le noir riseau du sort trouble nos yeux sinistres;
Le vent nous courbe tous;
L'ombre des mimes nuits mile toutes les tites.
Qui donc sait le secreti le savez-vous, tempitesi
Gouffres, en parlez-vousi
Le problime muet gonfle la mer sonore,
Et, sans cesse oscillant, va du soir ? l'aurore
Et de la taupe au lynx;
L'inigme aux yeux profonds nous regarde obstinie;
Dans l'ombre nous voyons sur notre destinie
Les deux griffes du sphinx.
Le mot, c'est Dieu. Ce mot luit dans les émes veuves;
Il tremble dans la flamme; onde, il coule en tes fleuves,
Homme, il coule en ton sang;
Les constellations le disent au silence;
Et le volcan, mortier de l'infini, le lance
Aux astres en passant.
Ne doutons pas. Croyons. Emplissons l'itendue
De notre confiance, humble, ailie, iperdue.
Soyons l'immense Oui.
Que notre ciciti ne soit pas un obstacle;
A la criation donnons ce grand spectacle
D'UN aveugle ibloui.
Car, je vous le redis, votre oreille itant dure,
Non est un pricipice. O vivants! rien ne dure;
La chair est aux corbeaux;
La vie autour de vous croule comme un vieux cloître;
Et l'herbe est formidable, et l'on y voit moins croître
De fleurs que de tombeaux.
Tout, dis que nous doutons, devient triste et farouche.
Quand il veut, spectre gai, le sarcasme à la bouche
Et l'ombre dans les yeux,
Rire avec l'infini, pauvre éme aventuriire,
L'homme frissonnant voit les arbres en priire
Et les monts sirieux;
Le chine imu fait signe au cidre qui contemple;
Le rocher riveur semble un pritre dans le temple
Pleurant un dishonneur;
L'araignie, immobile au centre de ses toiles,
Midite; et le lion, songeant sous les itoiles,
Rugit: Pardon, Seigneur!
Jersey, cimetiire de Saint-Jean, avril 1854.
VII
un jour, le morne esprit, le prophite sublime
Qui rivait ? Patmos,
Et lisait, frimissant, sur le mur de l'abîme
De si lugubres mots,
Dit ? son aigle:"O monstre! il faut que tu m'emportes
Je veux voir Jihovah."
L'aigle obiit. Des cieux ils franchirent les portes;
Enfin, Jean arriva;
Il vit l'endroit sans nom dont nul archange n'ose
Traverser le milieu,
Et ce lieu redoutable itait plein d'ombre, ? cause
De la grandeur de Dieu.
Jersey, septembre 1855.
VIII. Claire
Quoi donc! la vétre aussi! la vétre suit la mienne!
O mire au coeur profond, mire, vous avez beau
Laisser la porte ouverte afin qu'elle revienne,
Cette pierre li-bas dans l'herbe est un tombeau!
La mienne disparut dans les flots qui se milent;
Alors, ce fut ton tour, Claire, et tu t'envolas.
Est-ce donc que li-HAUT dans l'ombre elles s'appellent,
Qu'elles s'en vont ainsi l'une apris l'autre, hilasi
Enfant qui rayonnais, qui chassais la tristesse,
Que ta mire jadis beriait de sa chanson,
Qui d'abord la charmas avec ta petitesse
Et plus tard lui remplis de clarti l'horizon,
Voili donc que tu dors sous cette pierre grise!
Voili que tu n'es plus, ayant ? peine iti!
L'astre attire le lys, et te voili reprise,
O vierge, par l'azur, cette virginiti!
Te voili remontie au firmament sublime,
Echappie aux grands cieux comme la grive aux bois,
Et, flamme, aile, hymne, odeur, replongie ? l'abîme
Des rayons, des amours, des parfums et des voix!
Nous ne t'entendrons plus rire en notre nuit noire.
Nous voyons seulement, comme pour nous binir,
Errer dans notre ciel et dans notre mimoire
Ta figure, nuage, et ton nom, souvenir!
Pressentais-tu diji ton sombre ipithalamei
Marchant sur notre monde ? pas silencieux,
De tous les idials tu composais ton éme,
Comme si tu faisais un bouquet pour les cieux!
En te voyant si calme et toute lumineuse,
Les coeurs les plus saignants ne haéssaient plus rien.
Tu passais parmi nous comme Ruth la glaneuse,
Et, comme Ruth l'ipi, tu ramassais le bien.
La nature, é front pur, versait sur toi sa gréce,
L'aurore sa candeur, et les champs leur bonti;
Et nous retrouvions, nous sur qui la douleur passe,
Toute cette douceur dans toute ta beauti!
Chaste, elle paraissait ne pas itre autre chose
Que la forme qui sort des cieux iblouissants;
Et de tous les rosiers elle semblait la rose,
Et de tous les amours elle semblait l'encens.
Ceux qui n'ont pas connu cette charmante fille
Ne peuvent pas savoir ce qu'itait ce regard
Transparent comme l'eau qui s'igaye et qui brille
Quand l'itoile surgit sur l'ocian hagard.
Elle itait simple, franche, humble, naéve et bonne;
Chantant ? demi-voix son chant d'illusion,
Ayant je ne sais quoi dans toute sa personne
De vague et de lointain comme la vision.
On sentait qu'elle avait peu de temps sur la terre,
Qu'elle n'apparaissait que pour s'ivanouir,
Et qu'elle acceptait peu sa vie involontaire;
Et la tombe semblait par moments l'iblouir.
Elle a passi dans l'ombre oé l'homme se risigne;
Le vent sombre soufflait; elle a passi sans bruit,
Belle, candide, ainsi qu'une plume de cygne
Qui reste blanche, mime en traversant la nuit!
Elle s'en est allie ? l'aube qui se live,
Lueur dans le matin, vertu dans le ciel bleu,
Bouche qui n'a connu que le baiser du rive,
Ame qui n'a dormi que dans le lit de Dieu!
Nous voici maintenant en proie aux deuils sans bornes,
Mire, ? genoux tous deux sur des cercueils sacris,
Regardant ? jamais dans les tinibres mornes
La disparition des itres adoris!
Croire qu'ils resteraient! quel songe! Dieu les presse.
Mime quand leurs bras blancs sont autour de nos cous,
un vent du ciel profond fait frissonner sans cesse
Ces fantémes charmants que nous croyons ? nous.
Ils sont li, pris de nous, jouant sur notre route;
Ils ne didaignent pas notre soleil obscur,
Et derriire eux, et sans que leur candeur s'en doute,
Leurs ailes FONT parfois de l'ombre sur le mur.
Ils viennent sous nos toits; avec nous ils demeurent;
Nous leur disons: Ma fille! ou: Mon fils! ils sont doux,
Riants, joyeux, nous FONT une caresse, et meurent. -
O mire, ce sont li les anges, voyez-vous!
C'est une volonti du sort, pour nous sivire,
Qu'ils rentrent vite au ciel resti pour eux ouvert;
Et qu'avant d'avoir mis leur livre ? notre verre,
Avant d'avoir rien fait et d'avoir rien souffert,
Ils partent radieux; et qu'ignorant l'envie,
L'erreur, l'orgueil, le mal, la haine, la douleur,
Tous ces itres binis s'envolent de la vie
A l'ége oé la prunelle innocente est en fleur!
Nous qui sommes dimons ou qui sommes apétres,
Nous devons travailler, attendre, priparer;
Pensifs, nous expions pour nous-mime ou pour d'autres;
Notre chair doit saigner, nos yeux doivent pleurer.
Eux, ils sont l'air qui fuit, l'oiseau qui ne se pose
Qu'un instant, le soupir qui vole, avril vermeil
Qui brille et passe; ils sont le parfum de la rose
Qui va rejoindre aux cieux le rayon du soleil!
Ils ont ce grand digoût mystirieux de l'éme
Pour notre chair coupable et pour notre destin;
Ils ont, itres riveurs qu'un autre azur riclame,
Je ne sais quelle soif de mourir le matin!
Ils sont l'itoile d'or se couchant dans l'aurore,
Mourant pour nous, naissant pour l'autre firmament;
Car la mort, quand un astre en son sein vient iclore,
Continue, au deli, l'ipanouissement!
Oui, mire, ce sont li les ilus du mystire,
Les envoyis divins, les ailis, les vainqueurs,
A qui Dieu n'a permis que d'effleurer la terre
Pour faire un peu de joie ? quelques pauvres coeurs.
Comme l'ange ? MaxJacob, comme Jisus ? Pierre,
Ils viennent jusqu'i nous qui loin d'eux itouffons,
Beaux, purs, et chacun d'eux portant sous sa paupiire
La sereine clarti des paradis profonds.
Puis, quand ils ont, pieux, baisi toutes les plaies,
Pansi notre douleur, azuri nos raisons,
Et fait luire un moment l'aube ? travers nos claies,
Et chantà la chanson du ciel dans nos maisons,
Ils retournent li-HAUT parler ? Dieu des hommes,
Et, pour lui faire voir quel est notre chemin,
Tout ce que nous souffrons et tout ce que nous sommes,
S'en vont avec un peu de terre dans la main.
Ils s'en vont; c'est tantét l'iclair qui les emporte,
Tantét un mal plus Fort que nos soins superflus.
Alors, nous, péles, froids, l'oeil fixi sur la porte,
Nous ne savons plus rien, sinon qu'ils ne sont plus.
Nous disons: - A quoi bon l'étre sans itincellesi
A quoi bon la maison oé ne sont plus leurs pasi
A quoi bon la ramie oé ne sont plus les ailesi
Qui donc attendons-nous s'ils ne reviendront pasi -
Ils sont partis, pareils au bruit qui sort des lyres.
Et nous restons li, seuls, pris du gouffre oé tout fuit,
Tristes; et la lueur de leurs charmants sourires
Parfois nous apparaît vaguement dans la nuit.
Car ils sont revenus, et c'est li le mystire;
Nous entendons quelqu'un flotter, un souffle errer,
Des robes effleurer notre seuil solitaire,
Et cela fait alors que nous pouvons pleurer.
Nous sentons frissonner leurs cheveux dans notre ombre;
Nous sentons, lorsqu'ayant la lassitude en nous,
Nous nous levons apris quelque priire sombre,
Leurs blanches mains toucher doucement nos genoux.
Ils nous disent tout bas de leur voix la plus tendre:
"Mon pire! encore un peu! ma mire! encore un jour!
M'entends-tui je suis li, je reste pour t'attendre
Sur l'ichelon d'en bas de l'ichelle d'amour.
Je t'attends pour pouvoir nous en aller ensemble.
Cette vie est amire, et tu vas en sortir.
Pauvre coeur, ne crains rien, Dieu vit! la mort rassemble.
Tu redeviendras ange ayant iti martyr."
Oh! quand donc viendrez-vousi vous retrouver, c'est naître.
Quand verrons-nous, ainsi qu'un idial flambeau,
La douce itoile mort, rayonnante, apparaître
A ce noir horizon qu'on nomme le tombeaui
Quand nous en irons-nous oé vous ites, colombes!
Oé sont les enfants morts et les printemps enfuis,
Et tous les chers amours dont nous sommes les tombes,
Et toutes les clartis dont nous sommes les nuitsi
Vers ce grand ciel climent oé sont tous les dictames,
Les aimis, les absents, les itres purs et doux,
Les baisers des esprits et les regards des émes,
Quand nous en irons-nousi quand nous en irons-nousi
Quand nous en irons-nous oé sont l'aube et la foudrei
Quand verrons-nous, diji libres, hommes encor,
Notre chair tinibreuse en rayons se dissoudre,
Et nos pieds faits de nuit iclore en ailes d'ori
Quand nous enfuirons-nous dans la joie infinie
Oé les hymnes vivants sont des anges voilis,
Oé l'on voit, ? travers l'azur de l'harmonie,
La strophe bleue errer sur les luths itoilisi
Quand viendrez-vous chercher notre humble coeur qui sombrei
Quand nous reprendrez-vous ? ce monde charnel,
Pour nous bercer ensemble aux profondeurs de l'ombre,
Sous l'iblouissement du regard iterneli
Dicembre 1846.
IX. A la fenitre pendant la nuit
I
Les itoiles, points d'or, percent les branches noires;
Le flot huileux et lourd dicompose ses moires
Sur l'ocian blimi;
Les nuages ont l'air d'oiseaux prenant la fuite;
Par moments le vent parle, et dit des mots sans suite,
Comme un homme endormi.
Tout s'en va. La nature est l'urne mal fermie.
La tempite est icume et la flamme est fumie.
Rien n'est hors du moment,
L'homme n'a rien qu'il prenne, et qu'il tienne, et qu'il garde.
Il tombe heure par heure, et, ruine, il regarde
Le monde, icroulement.
L'astre est-il le point fixe en ce mouvant problimei
Ce ciel que nous voyons fut-il toujours le mimei
Le sera-t-il toujoursi
L'homme a-t-il sur son front des clartis iternellesi
Et verra-t-il toujours les mimes sentinelles
Monter aux mimes toursi
II
Nuits, serez-vous pour nous toujours ce que vous itesi
Pour toute vision, aurons-nous sur nos tites
Toujours les mimes cieuxi
Dis, larve Aldebaran, riponds, spectre Saturne,
Ne verrons-nous jamais sur le masque nocturne
S'ouvrir de nouveaux yeuxi
Ne verrons-nous jamais briller de nouveaux astresi
Et des cintres nouveaux, et de nouveaux pilastres
Luire ? notre oeil mortel,
Dans cette cathidrale aux formidables porches
Dont le septentrion iclaire avec sept torches,
L'effrayant maître-auteli
A-t-il cessi, le vent qui fit naître ces roses,
Sirius, Orion, toi, Vinus, qui reposes
Notre oeil dans le pirili
Ne verrons-nous jamais sous ces grandes haleines
D'autres fleurs de lumiire iclore dans les plaines
De l'iternel avrili
Savons-nous oé le monde en est de son mystirei
Qui nous dit, ? nous, joncs du marais, vers de terre
Dont la bave reluit,
A nous qui n'avons pas nous-mimes notre preuve,
Que Dieu ne va pas mettre une tiare neuve
Sur le front de la nuiti
III
Dieu n'a-t-il plus de flamme ? ses livres profondesi
N'en fait-il plus jaillir des tourbillons de mondesi
Parlez, Nord et Midi!
N'emplit-il plus de lui sa criation saintei
Et ne souffle-t-il plus que d'une bouche iteinte
Sur l'itre refroidii
Quand les comites vont et viennent, formidables,
Apportant la lueur des gouffres insondables
A nos fronts soucieux,
Brûlant, volant, peut-itre émes, peut-itre mondes,
Savons-nous ce que FONT toutes ces vagabondes
Qui courent dans nos cieuxi
Qui donc a vu la source et connaît l'originei
Qui donc, ayant sondi l'abîme, s'imagine
En itre mage et roii
Ah! fantémes humains, courbis sous les disastres!
Qui donc a dit: - C'est bien, Eternel. Assez d'astres.
N'en fais plus. Calme-toi! -
L'effet siditieux limiterait la causei
Quelle bouche ici-bas peut dire ? quelque chose:
Tu n'iras pas plus loini
Sous l'ilargissement sans fin, la borne plie;
La criation vit, croît et se multiplie;
L'homme n'est qu'un timoin.
L'homme n'est qu'un timoin frimissant d'ipouvante.
Les firmaments sont pleins de la sive vivante
Comme les animaux.
L'arbre prodigieux croise, agrandit, transforme,
Et mile aux cieux profonds, comme une gerbe inorme,
Ses tinibreux rameaux.
Car la criation est devant, Dieu derriire.
L'homme, du céti noir de l'obscure barriire,
Vit, rédeur curieux;
Il suffit que son front se live pour qu'il voie
A travers la sinistre et morne claire-voie
Cet oeil mystirieux.
IV
Donc ne nous disons pas: - Nous avons nos itoiles -
Des flottes de soleils peut-itre ? pleines voiles
Viennent en ce moment;
Peut-itre que demain le Criateur terrible,
Refaisant notre nuit, va contre un autre crible
Changer le firmament.
Qui saiti que savons-nousi sur notre horizon sombre,
Que la criation impinitrable encombre
Des ses taillis sacris,
Muraille obscure oé vient battre le flot de l'itre,
Peut-itre allons-nous voir brusquement apparaître
Des astres effaris;
Des astres iperdus arrivant des abîmes,
Venant des profondeurs ou descendant des cimes,
Et, sous nos noirs arceaux,
Entrant en foule, ipars, ardents, pareils au rive,
Comme dans un grand vent s'abat sur une grive
une troupe d'oiseaux;
Surgissant, clairs flambeaux, feux purs, rouges fournaises,
Aigrettes de rubis ou tourbillons de braises,
Sur nos bords, sur nos monts,
Et nous pitrifiant de leurs aspects itranges;
Car dans le gouffre inorme il est des mondes anges
Et des soleils dimons!
Peut-itre en ce moment, du fond des nuits funibres,
Montant vers nous, gonflant ses vagues de tinibres
Et ses flots de rayons,
Le muet Infini, sombre mer ignorie,
Roule vers notre ciel une grande marie
De constellations!
Marine-Terrace, avril 1854.
X. Eclaircie
L'Ocian resplendit sous sa vaste nuie.
L'onde, de son combat sans fin extinuie,
S'assoupit, et, laissant l'icueil se reposer,
Fait de toute la rive un immense baiser.
On dirait qu'en tous lieux, en mime temps, la vie
Dissout le mal, le deuil, l'hiver, la nuit, l'envie,
Et que le mort couchi dit au vivant debout:
Aime! et qu'une éme obscure, ipanouie en tout,
Avance doucement sa bouche vers nos livres.
L'itre, iteignant dans l'ombre et l'extase ses fiivres,
Ouvrant ses flancs, ses seins, ses yeux, ses coeurs ipars,
Dans ses pores profonds reioit de toutes parts
La pinitration de la sive sacrie.
La grande paix d'en HAUT vient comme une marie.
Le brin d'herbe palpite aux fentes du pavi;
Et l'éme a chaud. On sent que le nid est couvi.
L'infini semble plein d'un frisson de feuillie.
On croit itre ? cette heure oé la terre iveillie
Entend le bruit que fait l'ouverture du jour,
Le premier pas du vent, du travail, de l'amour,
De l'homme, et le verrou de la porte sonore,
Et le hennissement du blanc cheval aurore.
Le moineau d'un coup d'aile, ainsi qu'un fol esprit,
Vient taquiner le flot monstrueux qui sourit;
L'air joue avec la mouche et l'icume avec l'aigle;
Le grave laboureur fait ses sillons et rigle
La page oé s'icrira le poime des blis;
Des picheurs sont li-bas sous un pampre attablis;
L'horizon semble un rive iblouissant oé nage
L'icaille de la mer, la plume du nuage,
Car l'Ocian est hydre et le nuage oiseau.
une lueur, rayon vague, part du berceau
Qu'une femme balance au seuil d'une chaumiire,
Dore les champs, les fleurs, l'onde et devient lumiire
En touchant un tombeau qui dort pris du clocher.
Le jour plonge au plus noir du gouffre, et va chercher
L'ombre, et la baise au front sous l'eau sombre et hagarde.
Tout est doux, calme, heureux, apaisi; Dieu regarde.
Marine-Terrace, juillet 1855.
XI
Oh! par nos vils plaisirs, nos appitits, nos fanges,
Que de fois nous devons vous attrister, archanges!
C'est vraiment une chose amire de songer
Qu'en ce monde oé l'esprit n'est qu'un morne itranger,
Oé la volupti rit, jeune, et si dicripite!
Oé dans les lits profonds l'aile d'en bas palpite,
Quand, pémi, dans un nimbe ou bien dans un iclair,
On tend sa bouche ardente aux coupes de la chair
A l'heure oé l'on s'enivre aux livres d'une femme,
De ce qu'on croit l'amour, de ce qu'on prend pour l'éme,
Sang du coeur, vin des sens écre et dilicieux,
On fait rougir li-HAUT quelque passant des cieux!
Juin 1855.
XII. Aux anges qui nous voient
- Passant, qu'es-tui je te connais.
Mais, itant spectre, ombre et nuage,
Tu n'as plus de sexe ni d'ége.
- Je suis ta mire, et je venais!
- Et toi dont l'aile hisite et brille,
Dont l'oeil est noyi de douceur,
Qu'es-tu, passanti - Je suis ta soeur.
- Et toi, qu'es-tui - Je suis ta fille.
- Et toi, qu'es-tu, passanti - Je suis
Celle ? qui tu disais:"Je t'aime!"
- Et toii - Je suis ton éme mime. -
Oh! cachez-moi, profondes nuits!
Juin 1855.
XIII. Cadaver
O mort! heure splendide! é rayons mortuaires!
Avez-vous quelquefois soulevi des suairesi
Et, pendant qu'on pleurait, et qu'au chevet du lit,
Frires, amis, enfants, la mire qui pélit,
Eperdus, sanglotaient dans le deuil qui les navre,
Avez-vous regardi sourire le cadavrei
Tout ? l'heure il rélait, se tordait, itouffait;
Maintenant il rayonne. Abîme! qui donc fait
Cette lueur qu'a l'homme en entrant dans les ombresi
Qu'est-ce que le sipulcrei et d'oé vient, penseurs sombres,
Cette siriniti formidable des mortsi
C'est que le secret s'ouvre et que l'itre est dehors;
C'est que l'éme - qui voit, puis brille, puis flamboie, -
Rit, et que le corps mime a sa terrible joie.
La chair se dit: - Je vais itre terre, et germer,
Et fleurir comme sive, et, comme fleur, aimer!
Je vais me rajeunir dans la jeunesse inorme
Du buisson, de l'eau vive, et du chine, et de l'orme,
Et me ripandre aux lacs, aux flots, aux monts, aux pris,
Aux rochers, aux splendeurs des grands couchants pourpris,
Aux ravins, aux halliers, aux brises de la nue,
Aux murmures profonds de la vie inconnue!
Je vais itre oiseau, vent, cri des eaux, bruit des cieux,
Et palpitation du tout prodigieux! -
Tous ces atomes las, dont l'homme itait le maître,
Sont joyeux d'itre mis en liberti dans l'itre,
De vivre, et de rentrer au gouffre qui leur plaît.
L'haleine, que la fiivre aigrissait et brûlait,
Va devenir parfum, et la voix harmonie;
Le sang va retourner à la veine infinie,
Et couler, ruisseau clair, aux champs oé le boeuf roux
Mugit le soir avec l'herbe jusqu'aux genoux;
Les os ont diji pris la majesti des marbres;
La chevelure sent le grand frisson des arbres,
Et songe aux cerfs errants, au lierre, aux nids chantants
Qui vont l'emplir du souffle adori du printemps.
Et voyez le regard, qu'une ombre itrange voile,
Et qui, mystirieux, semble un lever d'itoile!
Oui, Dieu le veut, la mort, c'est l'ineffable chant
De l'éme et de la bite à la fin se léchant;
C'est une double issue ouverte ? l'itre double.
Dieu disperse, ? cette heure inexprimable et trouble,
Le corps dans l'univers et l'éme dans l'amour.
une espice d'azur que dore un vague jour,
L'air de l'iterniti, puissant, calme, salubre,
Frimit et resplendit sous le linceul lugubre;
Et des plis du drap noir tombent tous nos ennuis.
La mort est bleue. O mort! é paix! l'ombre des nuits,
Le roseau des itangs, le roc du monticule,
L'ipanouissement sombre du cripuscule,
Le vent, souffle farouche ou providentiel,
L'air, la terre, le feu, l'eau, tout, mime le ciel,
Se mile ? cette chair qui devient solennelle.
un commencement d'astre iclét dans la prunelle.
Au cimetiire, août 1855.
XIV
O gouffre! l'éme plonge et rapporte le doute.
Nous entendons sur nous les heures, goutte ? goutte,
Tomber comme l'eau sur les plombs;
L'homme est brumeux, le monde est noir, le ciel est sombre;
Les formes de la nuit vont et viennent dans l'ombre;
Et nous, péles, nous contemplons.
Nous contemplons l'obscur, l'inconnu, l'invisible.
Nous sondons le riel, l'idial, le possible,
L'itre, spectre toujours prisent.
Nous regardons trembler l'ombre inditerminie.
Nous sommes accoudis sur notre destinie,
L'oeil fixe et l'esprit frimissant.
Nous ipions des bruits dans ces vides funibres;
Nous icoutons le souffle, errant dans les tinibres,
Dont frissonne l'obscuriti;
Et, par moments, perdus dans les nuits insondables,
Nous voyons s'iclairer de lueurs formidables
La vitre de l'iterniti.
Marine-Terrace, septembre 1853.
XV. A celle qui est voilie
Tu me parles du fond d'un rive
Comme une éme parle aux vivants.
Comme l'icume de la grive,
Ta robe flotte dans les vents.
Je suis l'algue des flots sans nombre,
Le captif du destin vainqueur;
Je suis celui que toute l'ombre
Couvre sans iteindre son coeur.
Mon esprit ressemble ? cette île,
Et mon sort ? cet ocian;
Et je suis l'habitant tranquille
De la foudre et de l'ouragan.
Je suis le proscrit qui se voile,
Qui songe, et chante loin du bruit,
Avec la chouette et l'itoile,
La sombre chanson de la nuit.
Toi, n'es-tu pas, comme moi-mime,
Flambeau dans ce monde épre et vil.
Ame, c'est-i-dire problime,
Et femme, c'est-i-dire exili
Sors du nuage, ombre charmante.
O fantéme, laisse-toi voir!
Sois un phare dans ma tourmente,
Sois un regard dans mon ciel noir!
Cherche-moi parmi les mouettes!
Dresse un rayon sur mon ricif,
Et, dans mes profondeurs muettes,
La blancheur de l'ange pensif!
Sois l'aile qui passe et se mile
Aux grandes vagues en courroux.
Oh! viens! tu dois itre bien belle,
Car ton chant lointain est bien doux;
Car la nuit engendre l'aurore;
C'est peut-itre une loi des cieux
Que mon noir destin fasse iclore
Ton sourire mystirieux!
Dans ce tinibreux monde oé j'erre,
Nous devons nous apercevoir,
Toi, toute faite de lumiire,
Moi, tout composi de devoir!
Tu me dis de loin que tu m'aimes,
Et que, la nuit, ? l'horizon,
Tu viens voir sur les grives blimes
Le spectre blanc de ma maison.
Li, miditant sous le grand déme,
Pris du flot sans trive agiti,
Surprise de trouver l'atome
Ressemblant ? l'immensiti,
Tu compares, sans me connaître,
L'onde ? l'homme, l'ombre au banni,
Ma lampe itoilant ma fenitre
A l'astre itoilant l'infini!
Parfois, comme au fond d'une tombe,
Je te sens sur mon front fatal,
Bouche de l'Inconnu d'oé tombe
Le pur baiser de l'Idial.
A ton souffle, vers Dieu poussies,
Je sens en moi, douce frayeur,
Frissonner toutes mes pensies,
Feuilles de l'arbre intirieur.
Mais tu ne veux pas qu'on te voie;
Tu viens et tu fuis tour ? tour;
Tu ne veux pas te nommer joie,
Ayant dit: Je m'appelle amour.
Oh! fais un pas de plus! viens, entre,
Si nul devoir ne le difend;
Viens voir mon éme dans son antre,
L'esprit lion; le coeur enfant;
Viens voir le disert oé j'habite,
Seul sous mon plafond effrayant;
Sois l'ange chez le cinobite,
Sois la clarti chez le voyant.
Change en perles dans mes dicombres
Toutes mes gouttes de sueur!
Viens poser sur mes oeuvres sombres
Ton doigt d'oé sort une lueur!
Du bord des sinistres ravines
Du rive et de la vision,
J'entrevois les choses divines... -
Complite l'apparition!
Viens voir le songeur qui s'enflamme
A mesure qu'il se ditruit,
Et de jour en jour dans son éme
A plus de mort et moins de nuit!
Viens! viens dans ma brume hagarde,
Oé naît la foi, d'oé l'esprit sort,
Oé confusiment je regarde
Les formes obscures du sort.
Tout s'iclaire aux lueurs funibres;
Dieu, pour le penseur attristi,
Ouvre toujours dans les tinibres
De brusques gouffres de clarti.
Avant d'itre sur cette terre,
Je sens que jadis j'ai plani;
J'itais l'archange solitaire,
Et mon malheur, c'est d'itre ni.
Sur mon éme, qui fut colombe,
Viens, toi qui des cieux as le sceau.
Quelquefois une plume tombe
Sur le cadavre d'un oiseau.
Oui, mon malheur irriparable,
C'est de pendre aux deux iliments,
C'est d'avoir en moi, misirable,
De la fange et des firmaments!
Hilas! hilas! c'est d'itre un homme;
C'est de songer que j'itais beau,
D'ignorer comment je me nomme,
D'itre un ciel et d'itre un tombeau!
C'est d'itre un foriat qui promine
Son vil labeur sous le ciel bleu;
C'est de porter la hotte humaine
Oé j'avais vos ailes, mon Dieu!
C'est de traîner de la matiire;
C'est d'itre plein, moi, fils du jour,
De la terre du cimetiire,
Mime quand je m'icrie: Amour!
Marine-Terrace, janvier 1854.
XVI. Horror
I
Esprit mystirieux qui, le doigt sur ta bouche,
Passes... ne t'en va pas! parle ? l'homme farouche
Ivre d'ombre et d'immensiti,
Parle-moi, toi, front blanc qui dans ma nuit te penches;
Riponds-moi, toi qui luis et marches sous les branches,
Comme un souffle de la clarti!
Est-ce toi que chez moi minuit parfois apportei
Est-ce toi qui heurtais l'autre nuit ? ma porte,
Pendant que je ne dormais pasi
C'est donc vers moi que vient lentement ta lumiirei
La pierre de mon seuil peut-itre est la premiire
Des sombres marches du tripas.
Peut-itre qu'i ma porte ouvrant sur l'ombre immense,
L'invisible escalier des tinibres commence;
Peut-itre, é péles ichappis,
Quand vous montez du fond de l'horreur sipulcrale,
O morts, quand vous sortez de la froide spirale,
Est-ce chez moi que vous frappez!
Car la maison d'exil, milie aux catacombes,
Est adossie au mur de la ville des tombes.
Le proscrit est celui qui sort;
Il flotte submergi comme la nef qui sombre;
Le jour le voit ? peine et dit: Quelle est cette ombrei
Et la nuit dit: Quel est ce morti
Sois la bienvenue, ombre! é ma soeur! é figure
Qui me fais signe alors que sur l'inigme obscure
Je me penche, sinistre et seul;
Et qui viens, m'effrayant de ta lueur sublime,
Essuyer sur mon front la sueur de l'abîme
Avec un pan de ton linceul!
II
Oh! que le gouffre est noir, et que l'oeil est dibile!
Nous avons devant nous le silence immobile.
Qui sommes-nousi oé sommes-nousi
Faut-il jouiri faut-il pleureri Ceux qu'on rencontre
Passent. Quelle est la loii La priire nous montre
L'icorchure de ses genoux.
D'oé viens-tui - Je ne sais. - Oé vas-tui - Je l'ignore.
L'homme ainsi parle ? l'homme et l'onde au flot sonore.
Tout va, tout vient, tout ment, tout fuit.
Parfois nous devenons péles, hommes et femmes,
Comme si nous sentions se fermer sur nos émes
La main de la giante nuit.
Nous voyons fuir la fliche et l'ombre est sur la cible.
L'homme est lanci. Par quii vers quii Dans l'invisible.
L'arc tinibreux siffle dans l'air.
En voyant ceux qu'on aime en nos bras se dissoudre,
Nous demandons si c'est pour la mort, coup de foudre,
Qu'est faite, hilas! la vie iclair!
Nous demandons, vivants douteux qu'un linceul couvre,
Si le profond tombeau qui devant nous s'entr'ouvre,
Abîme, espoir, asile, icueil,
N'est pas le firmament plein d'itoiles sans nombre,
Et si tous les clous d'or qu'on voit au ciel dans l'ombre
Ne sont pas les clous du cercueili
Nous sommes li; nos dents tressaillent, nos vertibres
Frimissent; on dirait parfois que les tinibres,
O terreur! sont pleines de pas.
Qu'est-ce que l'ouragan, nuiti - C'est quelqu'un qui passe.
Nous entendons souffler les chevaux de l'espace
Traînant le ReneChar qu'on ne voit pas.
L'ombre semble absorbie en une idie unique.
L'eau sanglote; ? l'esprit la forit communique
un tremblement contagieux;
Et tout semble iclairi, dans la brume oé tout penche,
Du reflet que ferait la grande pierre blanche
D'UN sipulcre prodigieux.
III
La chose est pour la chose ici-bas un problime.
L'itre pour l'itre est sphinx. L'aube au jour paraît blime;
L'iclair est noir pour le rayon.
Dans la criation vague et cripusculaire,
Les objets effaris qu'un jour sinistre iclaire
Sont l'un pour l'autre vision.
La cendre ne sait pas ce que pense le marbre;
L'icueil icoute en vain le flot; la branche d'arbre
Ne sait pas ce que dit le vent.
Qui punit-on icii Passez sans vous connaître!
Est-ce toi le coupable, enfant qui viens de naîtrei
O mort, est-ce toi le vivanti
Nous avons dans l'esprit des sommets, nos idies,
Nos rives, nos vertus, d'escarpements bordies,
Et nos espoirs construits si tét;
Nous téchons d'appliquer ? ces cimes itranges
L'épre ichelle de feu par oé montent les anges;
Job est en bas, CHRist est en HAUT.
Nous aimons. A quoi boni Nous souffrons. Pourquoi fairei
Je prifire mourir et m'en aller. Prifire.
Allez, choisissez vos chemins.
L'itre effrayant se tait au fond du ciel nocturne,
Et regarde tomber de la bouche de l'urne
Le flot livide des humains.
Nous pensons. Aprisi Rampe, esprit! garde tes chaînes.
Quand vous vous promenez le soir parmi les chines
Et les rochers aux vagues yeux,
Ne sentez-vous pas l'ombre oé vos regards se plongent
Reculeri Savez-vous seulement ? quoi songent
Tous ces muets mystirieuxi
Nous jugeons. Nous dressons l'ichafaud. L'homme tue
Et meurt. Le genre humain, foule d'erreur vitue,
Condamne, extermine, ditruit,
Puis s'en va. Le poteau du gibet, é dimence!
O deuil! est le béton de cet aveugle immense
Marchant dans cette immense nuit.
Crime! enfer! quel zinith effrayant que le nétre,
Oé les douze Cisars toujours l'un apris l'autre
Reviennent, noirs soleils errants!
L'homme, au-dessus de lui, du fond des maux sans borne,
Voit iternellement tourner dans son ciel morne
Ce zodiaque de tyrans.
IV
Depuis quatre mille ans que, courbi sous la haine,
Periant sa tombe avec les dibris de sa chaîne,
Fouillant le bas, creusant le HAUT,
Il cherche ? s'ivader ? travers la nature,
L'esprit foriat n'a pas encor fait d'ouverture
A la voûte du ciel cachot.
Oui, le penseur en vain, dans ses essors funibres,
Heurte son éme d'ombre au plafond de tinibres;
Il tombe, il meurt; son temps est court;
Et nous n'entendons rien, dans la nuit qu'il nous ligue,
Que ce que dit tout bas la criation bigue
A l'oreille du tombeau sourd.
Nous sommes les passants, les foules et les races.
Nous sentons, frissonnants, des souffles sur nos faces.
Nous sommes le gouffre agiti;
Nous sommes ce que l'air chasse au vent de son aile;
Nous sommes les flocons de la neige iternelle
Dans l'iternelle obscuriti.
Pour qui luis-tu, Vinusi Oé roules-tu, Saturnei
Ils vont: rien ne ripond dans l'ither taciturne.
L'homme grelotte, seul et nu.
L'itendue aux flots noirs diborde, d'horreur pleine:
L'inigme a peur du mot; l'infini semble ? peine
Pouvoir contenir l'inconnu.
Toujours la nuit! jamais l'azur! jamais l'aurore!
Nous marchons. Nous n'avons point fait un pas encore!
Nous rivons ce qu'Adam riva;
La criation flotte et fuit, des vents battue;
Nous distinguons dans l'ombre une immense statue
Et nous lui disons: Jihovah!
Marine-Terrace, nuit du 30 mars 1854.
XVII. Dolor
Criation! figure en deuil! Isis austire!
Peut-itre l'homme est-il son trouble et son mystirei
Peut-itre qu'elle nous craint tous,
Et qu'i l'heure oé, ployis sous notre loi mortelle,
Hagards et stupifaits, nous tremblons devant elle,
Elle frissonne devant nous!
Ne riez point. Souffrez gravement. Soyons dignes,
Corbeaux, hiboux, vautours, de redevenir cygnes!
Courbons-nous sous l'obscure loi.
Ne jetons pas le doute aux flots comme une sonde.
Marchons sans savoir oé, parlons sans qu'on riponde,
Et pleurons sans savoir pourquoi.
Homme, n'exige pas qu'on rompe le silence;
Dis-toi: Je suis puni. Baisse la tite et pense.
C'est assez de ce que tu vois.
une parole peut sortir du puits farouche;
Ne la demande pas. Si l'abîme est la bouche,
O Dieu, qu'est-ce donc que la voixi
Ne nous irritons pas. Il n'est pas bon de faire,
Vers la clarti qui lui au centre de la sphire,
A travers les cieux transparents,
Voler l'affront, les cris, le rire et la satire,
Et que le chandelier ? sept branches attire
Tous ces noirs phalines errants.
Nais, grandis, rive, souffre, aime, vis, vieillis, tombe.
L'explication sainte et calme est dans la tombe.
O vivants! ne blasphimons point.
Qu'importe ? l'Incrii, qui, soulevant ses voiles,
Nous offre le grand ciel, les mondes, les itoiles,
Qu'une ombre lui montre le poingi
Nous figurons-nous donc qu'i l'heure oé tout le prie,
Pendant qu'il crie et vit, pendant qu'il approprie
A chaque astre une humaniti,
Nous pouvons de nos cris troubler sa plinitude,
Cracher notre niant jusqu'en sa solitude,
Et lui géter l'iternitii
Etre! quand dans l'ither tu dessinas les formes,
Partout oé tu traias les orbites inormes
Des univers qui n'itaient pas,
Des soleils ont jailli, fleurs de flamme, et sans nombre,
Des trous qu'au firmament, en s'y posant dans l'ombre,
Fit la pointe de ton compas!
Qui sommes-nousi La nuit, la mort, l'oubli, personne.
Il est. Cette splendeur suffit pour qu'on frissonne.
C'est lui l'amour, c'est lui le feu.
Quand les fleurs en avril iclatent pile-mile,
C'est lui. C'est lui qui gonfle, ainsi qu'une mamelle,
La rondeur de l'ocian bleu.
Le penseur cherche l'homme et trouve de la cendre.
Il trouve l'orgueil froid, le mal, l'amour ? vendre,
L'erreur, le sac d'or effronti,
La haine et son couteau, l'envie et son suaire,
En mettant au hasard la main dans l'ossuaire
Que nous nommons humaniti.
Parce que nous souffrons, noirs et sans rien connaître,
Stupide, l'homme dit: - Je ne veux pas de l'Etre!
Je souffre; donc, l'Etre n'est pas! -
Tu n'admires que toi, vil passant, dans ce monde!
Tu prends pour de l'argent, é ver, ta bave immonde
Marquant la place oé tu rampas!
Notre nuit veut rayer ce jour qui nous iclaire;
Nous crispons sur ce nom nos doigts pleins de colire;
Rage d'enfant qui coûte cher!
Et nous nous figurons, race imbicile et dure,
Que nous avons un peu de Dieu dans notre ordure
Entre notre ongle et notre chair!
Nier l'Etre! ? quoi boni L'ironie épre et noire
Peut-elle se pencher sur le gouffre et le boire,
Comme elle boit son propre fieli
Quand notre orgueil le tait, notre douleur le nomme.
Le sarcasme peut-il, en crevant l'oeil ? l'homme,
Crever les itoiles au cieli
Ah! quand nous le frappons, c'est pour nous qu'est la plaie.
Pensons, croyons. Voit-on l'ocian qui bigaie,
Mordre avec rage son béilloni
Adorons-le dans l'astre, et la fleur, et la femme.
O vivants, la pensie est la pourpre de l'éme;
Le blasphime en est le haillon.
Ne raillons pas. Nos coeurs sont les pavis du temple,
Il nous regarde, lui que l'infini contemple.
Insensi qui nie et qui mord!
Dans un rire imprudent, ne faisons pas, fils d'Eve,
Apparaître nos dents devant son oeil qui rive,
Comme elles seront dans la mort.
La femme nue, ayant les hanches dicouvertes,
Chair qui tente l'esprit, rit sous les feuilles vertes;
N'allons pas rire ? son céti.
Ne chantons pas: - Jouir est tout. Le ciel est vide,
La nuit a peur, vous dis-je! elle devient livide
En contemplant l'immensiti.
O douleur! clef des cieux! l'ironie est fumie.
L'expiation rouvre une porte fermie;
Les souffrances sont des faveurs.
Regardons, au-dessus des multitudes folles,
Monter vers les gibets et vers les aurioles
Les grands sacrifiis riveurs.
Monter, c'est s'immoler. Toute cime est sivire.
L'Olympe lentement se transforme en Calvaire;
Partout le martyre est icrit;
une immense croix gît dans notre nuit profonde;
Et nous voyons saigner aux quatre coins du monde
Les quatre clous de Jisus-CHRist.
Ah! vivants, vous doutez! ah! vous riez, squelettes!
Lorsque l'aube apparaît, ceinte de bandelettes
D'or, d'imeraude et de carmin,
Vous huez, vous prenez, larves que le jour dore,
Pour la jeter au front cileste de l'aurore,
De la cendre dans votre main.
Vous criez: - Tout est mal. L'aigle vaut le reptile;
Tout ce que nous voyons n'est qu'une ombre inutile.
La vie au niant nous vomit.
Rien avant, rien apris. Le sage doute et raille. -
Et, pendant ce temps-li, le brin d'herbe tressaille,
L'aube pleure, et le vent gimit.
Chaque fois qu'ici-bas l'homme, en proie aux disastres,
Rit, blasphime, et secoue, en regardant les astres,
Le sarcasme, ce vil lambeau,
Les morts se dressent froids au fond du caveau sombre,
Et de leur doigt de spectre icrivent - DIEu - dans l'ombre,
Sous la pierre de leur tombeau.
Marine-Terrace, 3I mars 1854.
XVIII
Hilas! tout est sipulcre. On en sort, on y tombe:
La nuit est la muraille immense de la tombe.
Les astres, dont luit la clarti,
Orion, Sirius, Mars, Jupiter, Mercure,
Sont les cailloux qu'on voit dans ta tranchie obscure,
O sombre fosse Eterniti!
une nuit, un esprit me parla dans un rive,
Et me dit: - Je suis aigle en un ciel oé se live
un soleil qui t'est inconnu.
J'ai voulu soulever un coin du vaste voile;
J'ai voulu voir de pris ton ciel et ton itoile;
Et c'est pourquoi je suis venu;
Et, quand j'ai traversi les cieux grands et terribles,
Quand j'ai vu le monceau des tinibres horribles
Et l'abîme inorme oé l'oeil fuit,
Je me suis demandi si cette ombre oé l'on souffre
Pourrait jamais combler ce puits, et si ce gouffre
Pourrait contenir cette nuit!
Et, moi, l'aigle lointain, ipouvanti, j'arrive.
Et je crie, et je viens m'abattre sur ta rive,
Pris de toi, songeur sans flambeau.
Connais-tu ces frissons, cette horreur, ce vertige,
Toi, l'autre aigle de l'autre azuri - Je suis, lui dis-je,
L'autre ver de l'autre tombeau.
Au dolmen de la Corbiire, juin 1855.
XIX. Voyage de nuit
On conteste, on dispute, on proclame, on ignore.
Chaque religion est une tour sonore;
Ce qu'un pritre idifie, un pritre le ditruit;
Chaque temple, tirant sa corde dans la nuit,
Fait, dans l'obscuriti sinistre et solennelle,
Rendre un son diffirent à la cloche iternelle.
Nul ne connaît le fond, nul ne voit le sommet.
Tout l'iquipage humain semble en dimence; on met
un aveugle en vigie, un manchot à la barre,
A peine a-t-on passi du sauvage au barbare,
A peine a-t-on franchi le plus noir l'horreur,
A peine a-t-on, parmi le vertige et l'erreur,
Dans ce brouillard oé l'homme attend, songe et soupire,
Sans sortir du mauvais, fait un pas hors du pire,
Que le vieux temps revient et nous mord les talons,
Et nous crie: Arritez! Socrate dit: Allons!
Jisus-CHRist dit: Plus loin! et le sage et l'apétre
S'en vont se demander dans le ciel l'un ? l'autre
Quel goût a la cigué et quel goût a le fiel.
Par moments, voyant l'homme ingrat, fourbe et cruel,
Satan lui prend la main sous le linceul de l'ombre.
Nous appelons science un tétonnement sombre.
L'abîme, autour de nous, lugubre tremblement,
S'ouvre et se ferme; et l'oeil s'effraie igalement
De ce qui s'engloutit et de ce qui surnage.
Sans cesse le progris, roue au double engrenage,
Fait marcher quelque chose en icrasant quelqu'un.
Le mal peut itre joie, et le poison parfum.
Le crime avec la loi, morne et milancolique,
Lutte; le poignard parle, et l'ichafaud riplique.
Nous entendons, sans voir la source ni la fin,
Derriire notre nuit, derriire notre faim,
Rire l'ombre Ignorance et la larve Misire.
Le lys a-t-il raisoni et l'astre est-il sincirei
Je dis oui, tu dis non. Tinibres et rayons
Affirment à la fois. Doute, Adam! nous voyons
De la nuit dans l'enfant, de la nuit dans la femme;
Et sur notre avenir nous querellons notre éme;
Et, brûli, puis glaci, chaos, semoun, frimas,
L'homme de l'infini traverse les climats.
Tout est brume; le vent souffle avec des huies,
Et de nos passions arrache des nuies;
Rousseau dit: L'homme monte; et de Maistre: Il descend!
Mais, é Dieu! le navire inorme et frimissant,
Le monstrueux vaisseau sans agris et sans voiles,
Qui flotte, globe noir, dans la mer des itoiles,
Et qui porte nos maux, fourmillement humain,
Va, marche, vogue et roule, et connaît son chemin;
Le ciel sombre, oé parfois la blancheur semble iclore,
A l'effrayant roulis mile un frisson d'aurore,
De moment en moment le sort est moins obscur,
Et l'on sent bien qu'on est emporti vers l'azur.
Marine-Terrace, octobre 1855.
XX. Relligio
L'ombre venait; le soir tombait, calme et terrible.
Hermann me dit: - Quelle est ta foi, quelle est ta biblei
Parle. Es-tu ton propre gianti
Si tes vers ne sont pas de vains flocons d'icume,
Si ta strophe n'est pas un tison noir qui fume
Sur le tas de cendre Niant,
Si tu n'es pas une éme en l'abîme engloutie,
Quel est donc ton ciboire et ton eucharistiei
Quelle est donc la source oé tu boisi -
Je me taisais; il dit: - Songeur qui civilises,
Pourquoi ne vas-tu pas prier dans les iglisesi -
Nous marchions tous deux dans les bois.
Et je lui dis: - Je prie. - Hermann dit: - Dans quel templei
Quel est le cilibrant que ton éme contemple,
Et l'autel qu'elle riflichiti
Devant quel confesseur la fais-tu comparaîtrei
- L'iglise, c'est l'azur, lui dis-je; et quant au pritre... -
En ce moment le ciel blanchit.
La lune ? l'horizon montait, hostie inorme;
Tout avait le frisson, le pin, le cidre et l'orme,
Le loup, et l'aigle, et l'alcyon;
Lui montrant l'astre d'or sur la terre obscurcie,
Je lui dis: - Courbe-toi. Dieu lui-mime officie,
Et voici l'ilivation.
Marine-Terrace, octobre 1855.
XXI. Spes
De partout, de l'abîme oé n'est pas Jihovah,
Jusqu'au zinith, plafond oé l'espirance va
Se casser l'aile et d'oé redescend la priire,
En bas, en HAUT, au fond, en avant, en arriire,
L'inorme obscuriti qu'agitent tous les vents,
Enveloppe, linceul, les morts et les vivants,
Et sur le monstrueux, sur l'impur, sur l'horrible,
Laisse tomber les pans de son rideau terrible;
Si l'on parle à la brume effrayante qui fuit,
L'immensiti dit: Mort! L'iterniti dit: Nuit!
L'éme, sans lire un mot, feuillette un noir registre;
L'univers tout entier est un giant sinistre;
L'aveugle est d'autant plus affreux qu'il est plus grand;
Tout semble le chevet d'un immense mourant;
Tout est l'ombre; pareille au reflet d'une lampe,
Au fond, une lueur imperceptible rampe;
C'est ? peine un coin blanc, pas mime une rougeur.
un seul homme debout, qu'ils nomment le songeur,
Regarde la clarti du HAUT de la colline;
Et tout, hormis le coq à la voix sibylline,
Raille et nie; et, passants confus, marcheurs nombreux,
Toute la foule iclate en rires tinibreux
Quand ce vivant, qui n'a d'autre signe lui-mime
Parmi tous ces fronts noirs que d'itre le front blime,
Dit en montrant ce point vague et lointain qui luit:
Cette blancheur est plus que toute cette nuit!
Janvier 1856.
XXII. Ce que c'est que la mort
Ne dites pas: mourir; dites: naître. Croyez.
On voit ce que je vois et ce que vous voyez;
On est l'homme mauvais que je suis, que vous ites;
On se rue aux plaisirs, aux tourbillons, aux fites;
On téche d'oublier le bas, la fin, l'icueil,
La sombre igaliti du mal et du cercueil;
Quoique le plus petit vaille le plus prospire;
Car tous les hommes sont les fils du mime pire;
Ils sont la mime larme et sortent du mime oeil.
On vit, usant ses jours ? se remplir d'orgueil;
On marche, on court, on rive, on souffre, on penche, on tombe,
On monte. Quelle est donc cette aubei C'est la tombe.
Oé suis-jei Dans la mort. Viens! un vent inconnu
Vous jette au seuil des cieux. On tremble; on se voit nu,
Impur, hideux, noui des mille noeuds funibres
De ses torts, de ses maux honteux, de ses tinibres;
Et soudain on entend quelqu'un dans l'infini
Qui chante, et par quelqu'un on sent qu'on est bini,
Sans voir la main d'oé tombe ? notre éme michante
L'amour, et sans savoir quelle est la voix qui chante.
On arrive homme, deuil, glaion, neige; on se sent
Fondre et vivre; et, d'extase et d'azur s'emplissant,
Tout notre itre frimit de la difaite itrange
Du monstre qui devient dans la lumiire un ange.
Au dolmen de la tour Blanche, jour des Morts, novembre 1854.
XXIII. Les mages
I
Pourquoi donc faites-vous des pritres
Quand vous en avez parmi vousi
Les esprits conducteurs des itres
Portent un signe sombre et doux.
Nous naissons tous ce que nous sommes.
Dieu de ses mains sacre des hommes
Dans les tinibres des berceaux;
Son effrayant doigt invisible
Ecrit sous leur créne la bible
Des arbres, des monts et des eaux.
Ces hommes, ce sont les poites;
Ceux dont l'aile monte et descend;
Toutes les bouches inquiites
Qu'ouvre le verbe frimissant;
Les Virgiles, les Isaées;
Toutes les émes envahies
Par les grandes brumes du sort;
Tous ceux en qui Dieu se concentre;
Tous les yeux oé la lumiire entre,
Tous les fronts d'oé le rayon sort.
Ce sont ceux qu'attend Dieu propice
Sur les Horebs et les Thabors;
Ceux que l'horrible pricipice
Retient blimissants ? ses bords;
Ceux qui sentent la pierre vivre;
Ceux que Pan formidable enivre;
Ceux qui sont tout pensifs devant
Les nuages, ces solitudes
Oé passent en mille attitudes
Les groupes sonores du vent.
Ce sont les sivires artistes
Que l'aube attire ? ses blancheurs,
Les savants, les inventeurs tristes,
Les puiseurs d'ombre, les chercheurs,
Qui ramassent dans les tinibres
Les faits, les chiffres, les algibres,
Le nombre oé tout est contenu,
Le doute oé nos calculs succombent,
Et tous les morceaux noirs qui tombent
Du grand fronton de l'inconnu!
Ce sont les tites ficondies
Vers qui monte et croît pas ? pas
L'ocian confus des idies,
Flux que la foule ne voit pas,
Mer de tous les infinis pleine,
Que Dieu suit, que la nuit amine,
Qui remplit l'homme de clarti,
Jette aux rochers l'icume amire,
Et lave les pieds nus d'Homire
Avec un flot d'iterniti!
Le poite s'adosse ? l'arche.
David chante et voit Dieu de pris;
Hisiode midite et marche,
Grand pritre fauve des forits;
Moése, immense criature,
Etend ses mains sur la nature;
Manis parle au gouffre puni,
Ecouti des astres sans nombre... -
Ginie! é tiare de l'ombre!
Pontificat de l'infini!
L'un ? Patmos, l'autre ? Tyane;
D'autres criant: Demain! demain!
D'autres qui sonnent la diane
Dans les sommeils du genre humain;
L'un fatal, l'autre qui pardonne;
Eschyle en qui frimit Dodone,
Milton, songeur de Whitehall,
Toi, vieux Shakspeare, éme iternelle;
O figures dont la prunelle
Est la vitre de l'idial!
Avec sa spirale sublime,
Archimide sur son sommet
Rouvrirait le puits de l'abîme
Si jamais Dieu le refermait;
Euclide a les lois sous sa garde;
Kopernic iperdu regarde,
Dans les grands cieux aux mers pareils,
Gouffre oé voguent des nefs sans proues,
Tourner toutes ces sombres roues
Dont les moyeux sont des soleils.
Les Thalis, puis les Pythagores;
Et l'homme, parmi ses erreurs,
Comme dans l'herbe les fulgores,
Voit passer ces grands iclaireurs.
Aristophane rit des sages;
Lucrice, pour franchir les éges,
Crie un poime dont l'oeil luit,
Et donne ? ce monstre sonore
Toutes les ailes de l'aurore,
Toutes les griffes de la nuit.
Rites profonds de la nature!
Quelques-uns de ces inspiris
Acceptent l'itrange aventure
Des monts noirs et des bois sacris;
Ils vont aux Thibaédes sombres,
Et, li, blimes dans les dicombres,
Ils courbent le tigre fuyant,
L'hyine rampant sur le ventre,
L'ocian, la montagne et l'antre,
Sous leur sacerdoce effrayant!
Tes cheveux sont gris sur l'abîme,
Jiréme, é vieillard du disert!
Elie, un péle esprit t'anime,
un ange ipouvanti te sert.
Amos, aux lieux inaccessibles,
Des sombres clairons invisibles
Ton oreille entend les accords;
Ton éme, sur qui Dieu surplombe,
Est diji toute dans la tombe,
Et tu vis absent de ton corps.
Tu gourmandes l'éme ichappie,
Saint Paul, é lutteur redouti,
Immense apétre de l'ipie,
Grand vaincu de l'iterniti!
Tu luis, tu frappes, tu riprouves;
Et tu chasses du doigt ces louves,
Cythirie, Isis, Astarti;
Tu veux punir et non absoudre,
Giant, et tu vois dans la foudre
Plus de glaive que de clarti.
Orphie est courbi sur le monde;
L'iblouissant est ibloui;
La criation est profonde
Et monstrueuse autour de lui;
Les rochers, ces rudes hercules,
Combattent dans les cripuscules
L'ouragan, sinistre inconnu;
La mer en pleurs dans la milie
Tremble, et la vague ichevelie
Se cramponne ? leur torse nu.
Baruch au juste dans la peine
Dit: - Frire! vos os sont meurtris;
Votre vertu dans nos murs traîne
La chaîne affreuse du mipris;
Mais comptez sur la dilivrance,
Mettez en Dieu votre espirance,
Et de cette nuit du destin,
Demain, si vous avez su croire,
Vous vous liverez plein de gloire,
Comme l'itoile du matin! -
L'éme des Pindares se hausse
A la hauteur des Pilions;
Daniel chante dans la fosse
Et fait sortir Dieu des lions.
Tacite sculpte l'infamie;
SaintJohnPerse, Archiloque et Jirimie
Ont le mime iclair dans les yeux;
Car le crime ? sa suite attire
Les épres chiens de la satire
Et le grand tonnerre des cieux.
Et voili les pritres du rire,
Scarron, noui dans les douleurs,
Esope, que le fouet dichire,
Cervante aux fers, Moliire en pleurs!
Le disespoir et l'espirance!
Entre Dimocrite et Tirence,
Rabelais, que nul ne comprit;
Il berce Adam pour qu'il s'endorme,
Et son iclat de rire inorme
Est un des gouffres de l'esprit!
Et Plaute, ? qui parlent les chivres,
Arioste chantant Midor,
Catulle, Horace, dont les livres
Font venir les abeilles d'or;
Comme le double Dioscure,
Anacrion pris d'Epicure,
Bion, tout pinitri de jour,
Moschus, sur qui l'Etna flamboie,
Voili les pritres de la joie!
Voili les pritres de l'amour!
Gluck et Beethoven sont ? l'aise
Sous l'ange oé MaxJacob se dibat;
Mozart sourit, et Pergolise
Murmure ce grand mot: Stabat!
Le noir cerveau de Piranise
Est une biante fournaise
Oé se milent l'arche et le ciel,
L'escalier, la tour, la colonne;
Oé croît, monte, s'enfle et bouillonne
L'incommensurable Babel!
L'envie ? leur ombre ricane.
Ces demi-dieux signent leur nom,
Bramante sur la Vaticane,
Phidias sur le Parthinon;
Sur Jisus dans sa criche blanche,
L'altier Buonarotti se penche
Comme un mage et comme un aéeul,
Et dans tes mains, é Michel-Ange,
L'enfant devient spectre, et le lange
Est plus sombre que le linceul!
Chacun d'eux icrit un chapitre
Du rituel universel;
Les uns sculptent le saint pupitre,
Les autres dorent le missel;
Chacun fait son verset du psaume;
Lysippe, debout sur l'Ithome,
Fait sa strophe en marbre serein,
Rembrandt ? l'ardente paupiire,
En toile, Primatice en pierre,
Job en fumier, Dante en airain.
Et toutes ces strophes ensemble
Chantent l'itre et montent ? Dieu;
L'une adore et luit, l'autre tremble;
Toutes sont les griffons de feu;
Toutes sont le cri des abîmes,
L'appel d'en bas, la voix des cimes,
Le frisson de notre lambeau,
L'hymne instinctif ou volontaire,
L'explication du mystire
Et l'ouverture du tombeau!
A nous qui ne vivons qu'une heure,
Elles FONT voir les profondeurs,
Et la misire intirieure,
Ciel, ? céti de vos grandeurs!
L'homme, esprit captif, les icoute,
Pendant qu'en son cerveau le doute,
Bite aveugle aux lueurs d'en HAUT,
Pour y prendre l'éme indignie,
Suspend sa toile d'araignie
Au créne, plafond du cachot.
Elles consolent, aiment, pleurent,
Et, mariant l'idie aux sens,
Ceux qui restent ? ceux qui meurent,
Les grains de cendre aux grains d'encens,
Milant le sable aux pyramides,
Rendent en mime temps humides,
Rappelant ? l'un que tout fuit,
A l'autre sa splendeur premiire,
L'oeil de l'astre dans la lumiire,
Et l'oeil du monstre dans la nuit!
II
Oui, c'est un pritre que Socrate!
Oui, c'est un pritre que Caton!
Quand Juvinal fuit Rome ingrate,
Nul sceptre ne vaut son béton;
Ce sont des pritres, les Tyrties,
Les Solons aux lois respecties,
Les Platons et les Raphaéls!
Fronts d'inspiris, d'esprits, d'arbitres!
Plus resplendissants que les mitres
Dans l'auriole des Noéls!
Vous voyez, fils de la nature,
Apparaître ? votre flambeau
Des faces de lumiire pure,
Larves du vrai, spectres du beau;
Le mystire, en Grice, en Chaldie,
Penseurs, grave ? vos fronts l'idie
Et l'hiiroglyphe ? vos murs;
Et les Indes et les Egyptes
Dans les tinibres de vos cryptes
S'enfoncent en porches obscurs!
Quand les cigognes du Caystre
S'envolent aux souffles des soirs;
Quand la lune apparaît sinistre
Derriire les grands démes noirs;
Quand la trombe aux vagues s'appuie;
Quand l'orage, l'horreur, la pluie,
Que tordent les bises d'hiver,
Ripandent avec des huies
Toutes les larmes des nuies
Sur tous les sanglots de la mer;
Quand dans les tombeaux les vents jouent
Avec les os des rois difunts;
Quand les hautes herbes secouent
Leur chevelure de parfums;
Quand sur nos deuils et sur nos fites
Toutes les cloches des tempites
Sonnent au suprime beffroi
Quand l'aube itale ses opales,
C'est pour ces contemplateurs péles
Penchis dans l'iternel effroi!
Ils savent ce que le soir calme
Pense des morts qui vont partir;
Et ce que prifire la palme,
Du conquirant ou du martyr;
Ils entendent ce que murmure
La voile, la gerbe, l'armure,
Ce que dit, dans le mois joyeux
Des longs jours et des fleurs icloses,
La petite bouche des roses
A l'oreille immense des cieux.
Les vents, les flots, les cris sauvages,
L'azur, l'horreur du bois jauni,
Sont les formidables breuvages
De ces altiris d'infini;
Ils ajoutent, riveurs austires,
A leur éme tous les mystires,
Toute la matiire ? leurs sens;
Ils s'enivrent de l'itendue;
L'ombre est une coupe tendue
Oé boivent ces sombres passants.
Comme ils regardent, ces messies!
Oh! comme ils songent effaris!
Dans les tinibres ipaissies
Quels spectateurs dimesuris!
Oh! que de tites stupifaites!
Poites, apétres, prophites,
Miditant, parlant, icrivant,
Sous des suaires, sous des voiles,
Les plis des robes pleins d'itoiles,
Les barbes au gouffre du vent!
III
Savent-ils ce qu'ils FONT eux-mimes,
Ces acteurs du drame profondi
Savent-ils leur propre problimei
Ils sont. Savent-ils ce qu'ils sonti
Ils sortent du grand vestiaire
Oé, pour s'habiller de matiire,
Parfois l'ange mime est venu.
Graves, tristes, joyeux, fantasques,
Ne sont-ils pas les sombres masques
De quelque prodige inconnui
La joie ou la douleur les farde;
Ils projettent confusiment,
Plus loin que la terre blafarde,
Leurs ombres sur le firmament;
Leurs gestes itonnent l'abîme;
Pendant qu'aux hommes, tourbe infime,
Ils parlent le langage humain,
Dans des profondeurs qu'on ignore,
Ils FONT surgir l'ombre ou l'aurore,
Chaque fois qu'ils livent la main.
Ils ont leur réle; ils ont leur forme;
Ils vont, vitus d'humaniti,
Jouant la comidie inorme
De l'homme et de l'iterniti;
Ils tiennent la torche ou la coupe;
Nous tremblerions si dans leur groupe,
Nous, troupeau, nous pinitrions!
Les astres d'or et la nuit sombre
Se FONT des questions dans l'ombre
Sur ces splendides histrions.
IV
Ah! ce qu'ils FONT est l'oeuvre auguste.
Ces histrions sont les hiros!
Ils sont le vrai, le saint, le juste,
Apparaissant ? nos barreaux.
Nous sentons, dans la nuit mortelle,
La cage en mime temps que l'aile;
Ils nous FONT espirer un peu;
Ils sont lumiire et nourriture;
Ils donnent aux coeurs la péture,
Ils imiettent aux émes Dieu!
Devant notre race asservie
Le ciel se tait, et rien n'en sort.
Est-ce le rideau de la viei
Est-ce le voile de la morti
Tinibres! l'éme en vain s'ilance,
L'Inconnu garde le silence,
Et l'homme, qui se sent banni,
Ne sait s'il redoute ou s'il aime
Cette lividiti suprime
De l'inigme et de l'infini.
Eux, ils parlent ? ce mystire!
Ils interrogent l'iternel,
Ils appellent le solitaire,
Ils montent, ils frappent au ciel,
Disent: Es-tu lii dans la tombe,
Volent, pareils à la colombe
Offrant le rameau qu'elle tient,
Et leur voix est grave, humble ou tendre,
Et par moments on croit entendre
Le pas sourd de quelqu'un qui vient.
V
Nous vivons, debout ? l'entrie
De la mort, gouffre illimiti,
Nus, tremblants, la chair pinitrie
Du frisson de l'inormiti;
Nos morts sont dans cette marie;
Nous entendons, foule igarie
Dont le vent souffle le flambeau,
Sans voir de voiles ni de rames,
Le bruit que FONT ces vagues d'émes
Sous la falaise du tombeau.
Nous regardons la noire icume,
L'aspect hideux, le fond bruni;
Nous regardons la nuit, la brume,
L'onde du sipulcre infini;
Comme un oiseau de mer effleure
La haute rive oé gronde et pleure
L'ocian plein de Jihovah,
De temps en temps, blanc et sublime,
Par-dessus le mur de l'abîme
un ange paraît et s'en va.
Quelquefois une plume tombe
De l'aile oé l'ange se beriait;
Retourne-t-elle dans la tombei
Que devient-ellei On ne le sait.
Se mile-t-elle ? notre fangei
Et qu'a donc crii cet archangei
A-t-il dit noni a-t-il dit ouii
Et la foule cherche, accourue,
En bas la plume disparue,
En HAUT l'archange ivanoui!
Puis, apris qu'ont fui comme un rive
Bien des coeurs morts, bien des yeux clos,
Apris qu'on a vu sur la grive
Passer des flots, des flots, des flots,
Dans quelque grotte fatidique,
Sous un doigt de feu qui l'indique,
On trouve un homme surhumain
Traiant des lettres enflammies
Sur un livre plein de fumies,
La plume de l'ange à la main!
Il songe, il calcule, il soupire,
Son poing puissant sous son menton;
Et l'homme dit: Je suis Shakspeare.
Et l'homme dit: Je suis Newton.
L'homme dit: Je suis Ptolimie;
Et dans sa grande main fermie
Il tient le globe de la nuit.
L'homme dit: Je suis Zoroastre;
Et son sourcil abrite un astre,
Et sous son créne un ciel bleuit!
VI
Oui, gréce aux penseurs, ? ces sages,
A ces fous qui disent: Je vois!
Les tinibres sont des visages,
Le silence s'emplit de voix!
L'homme, comme éme, en Dieu palpite,
Et comme itre, se pricipite
Dans le progris audacieux;
Le muet renonce ? se taire;
Tout luit; la noirceur de la terre
S'iclaire à la blancheur des cieux.
Ils tirent de la criature
Dieu par l'esprit et le scalpel;
Le grand cachi de la nature
Vient hors de l'antre ? leur appel;
A leur voix, l'ombre symbolique
Parle, le mystire s'explique
La nuit est pleine d'yeux de lynx;
Sortant de force, le problime
Ouvre les tinibres lui-mime,
Et l'inigme iventre le sphinx.
Oui, gréce ? ces hommes suprimes,
Gréce ? ces poites vainqueurs,
Construisant des autels poimes
Et prenant pour pierres les coeurs,
Comme un fleuve d'éme commune,
Du blanc piléne ? l'épre rune,
Du brahme au flamine romain,
De l'hiirophante au druide,
une sorte de Dieu fluide
Coule aux veines du genre humain.
VII
Le noir cromlech, ipars dans l'herbe,
Est sur le mont silencieux;
L'archipel est sur l'eau superbe;
Les pliiades sont dans les cieux;
O mont! é mer! voûte sereine!
L'herbe, la mouette, l'éme humaine,
Que l'hiver disole ou poursuit,
Interrogent, sombres proscrites;
Ces trois pHRases dans l'ombre icrites
Sur les trois pages de la nuit.
- O vieux cromlech de la Bretagne,
Qu'on ivite comme un ricif,
Qu'icris-tu donc sur la montagnei
- Nuit! ripond le cromlech pensif.
- Archipel oé la vague fume,
Quel mot jettes-tu dans la brumei
- Mort! dit la roche ? l'alcyon.
- Pliiades qui percez nos voiles,
Qu'est-ce que disent vos itoilesi
- Dieu! dit la constellation.
C'est, é noirs timoins de l'espace,
Dans trois langues le mime mot!
Tout ce qui s'obscurcit, vit, passe,
S'effeuille et meurt, tombe li-HAUT.
Nous faisons tous la mime course.
Etre abîme, c'est itre source.
Le cripe de la nuit en deuil,
La pierre de la tombe obscure,
Le rayon de l'itoile pure
Sont les paupiires du mime oeil!
L'uniti reste, l'aspect change;
Pour becqueter le fruit vermeil,
Les oiseaux volent ? l'orange
Et les comites au soleil;
Tout est l'atome et tout est l'astre;
La paille porte, humble pilastre,
L'ipi d'oé naissent les citis;
La fauvette à la tite blonde
Dans la goutte d'eau boit un monde...
Immensitis! immensitis!
Seul, la nuit, sur sa plate-forme,
Herschell poursuit l'itre central
A travers la lentille inorme,
Cristallin de l'oeil sidiral;
Il voit en HAUT Dieu dans les mondes,
Tandis que, des hydres profondes
Scrutant les monstrueux combats,
Le microscope formidable,
Plein de l'horreur de l'insondable,
Regarde l'infini d'en bas!
VIII
Dieu, triple feu, triple harmonie,
Amour, puissance, volonti,
Prunelle inorme d'insomnie,
De flamboiement et de bonti,
Vu dans toute l'ipaisseur noire,
Montrant ses trois faces de gloire
A l'éme, ? l'itre, au firmament,
Effarant les yeux et les bouches,
Emplit les profondeurs farouches
D'UN immense iblouissement.
Tous ces mages, l'un qui riclame,
L'autre qui voulut ou couva,
Ont un rayon qui de leur éme
Va jusqu'i l'oeil de Jihovah;
Sur leur tréne leur esprit songe;
une lueur qui d'en HAUT plonge,
Qui descend du ciel sur les monts
Et de Dieu sur l'homme qui souffre,
Rattache au triangle du gouffre
L'escarboucle des Salomons.
IX
Ils parlent à la solitude,
Et la solitude comprend;
Ils parlent à la multitude,
Et FONT icumer ce torrent;
Ils FONT vibrer les idifices;
Ils inspirent les sacrifices
Et les inibranlables fois;
Sombres, ils ont en eux, pour muse,
La palpitation confuse
De tous les itres à la fois.
Comment naît un peuplei Mystire!
A de certains moments, tout bruit
A disparu; toute la terre
Semble une plaine de la nuit;
Toute lueur s'est iclipsie;
Pas de verbe, pas de pensie,
Rien dans l'ombre et rien dans le ciel,
Pas un oeil n'ouvre ses paupiires... -
Le disert blime est plein de pierres,
Ezichiel! Ezichiel!
Mais un vent sort des cieux sans bornes,
Grondant comme les grandes eaux,
Et souffle sur ces pierres mornes,
Et de ces pierres fait des os;
Ces os frimissent, tas sonore;
Et le vent souffle, et souffle encore
Sur ce triste amas agiti,
Et de ces os il fait des hommes,
Et nous nous levons et nous sommes,
Et ce vent, c'est la liberti!
Ainsi s'accomplit la genise
Du grand rien d'oé naît le grand tout.
Dieu pensif dit: Je suis bien aise
Que ce qui gisait soit debout.
Le niant dit: J'itais souffrance;
La douleur dit: Je suis la France!
O formidable vision!
Ainsi tombe le noir suaire;
Le disert devient ossuaire,
Et l'ossuaire nation.
X
Tout est la mort, l'horreur, la guerre;
L'homme par l'ombre est iclipsi;
L'Ouragan par toute la terre
Court comme un enfant insensi.
Il brise ? l'hiver les feuillages,
L'iclair aux cimes, l'onde aux plages,
A la tempite le rayon;
Car c'est l'ouragan qui gouverne
Toute cette itrange caverne
Que nous nommons Criation.
L'ouragan, qui broie et torture,
S'alimente, monstre croissant,
De tout ce que l'épre nature
A d'horrible et de menaiant;
La lave en feu le disaltire;
Il va de Quito, blanc cratire
Qu'entoure un iternel glaion,
Jusqu'i l'Hikla, mont, gouffre et geéle,
Bout de la mamelle du péle
Que tette ce noir nourrisson!
L'ouragan est la force aveugle,
L'agitateur du grand linceul;
Il rugit, hurle, siffle, beugle,
Etant toute l'hydre ? lui seul;
Il flitrit ce qui veut iclore;
Il dit au printemps, ? l'aurore,
A la paix, ? l'amour: Va-t'en!
Il est rage et foudre; il se nomme
Barbarie et crime pour l'homme,
Nuit pour les cieux, pour Dieu Satan.
C'est le souffle de la matiire,
De toute la nature craint;
L'Esprit, ouragan de lumiire,
Le poursuit, le saisit, l'itreint;
L'Esprit terrasse, abat, dissipe
Le principe par le principe;
Il combat, en criant: Allons!
Les chaos par les harmonies,
Les iliments par les ginies,
Par les aigles les aquilons!
Ils sont li, HAUTs de cent coudies,
CHRist en tite, Homire au milieu,
Tous les combattants des idies,
Tous les gladiateurs de Dieu;
Chaque fois qu'agitant le glaive,
une forme du mal se live
Comme un foriat dans son priau,
Dieu, dans leur phalange complite,
Disigne quelque grand athlite
De la stature du fliau.
Surgis, Volta! dompte en ton aire
Les Fluides, noir phligiton!
Viens, Franklin! voici le Tonnerre.
Le Flot gronde; parais, Fulton!
Rousseau! prends corps ? corps la Haine.
L'Esclavage agite sa chaîne;
O Voltaire! aide au paria!
La Grive rit, Tyburn flamboie,
L'affreux chien Montfaucon aboie,
On meurt... - Debout, Beccaria!
Il n'est rien que l'homme ne tente.
La foudre craint cet oiseleur.
Dans la blessure palpitante
Il dit: Silence! à la douleur.
Sa vergue peut-itre est une aile;
Partout oé parvient sa prunelle,
L'éme emporte ses pieds de plomb;
L'itoile, dans sa solitude,
Regarde avec inquiitude
Blanchir la voile de Colomb.
Pris de la science l'art flotte,
Les yeux sur le double horizon;
La poisie est un pilote;
Orphie accompagne Jason.
un jour, une barque perdue
Vit à la fois dans l'itendue
un oiseau dans l'air spacieux,
un rameau dans l'eau solitaire;
Alors, Gama cria: La terre!
Et Camoéns cria: Les cieux!
Ainsi s'entassent les conquites.
Les songeurs sont les inventeurs.
Parlez, dites ce que vous ites,
Forces, ondes, aimants, moteurs!
Tout est stupifait dans l'abîme,
L'ombre, de nous voir sur la cime,
Les monstres, qu'on les ait bravis
Dans les cavernes itonnies,
Les perles, d'itre devinies,
Et les mondes d'itre trouvis!
Dans l'ombre immense du Caucase,
Depuis des siicles, en rivant,
Conduit par les hommes d'extase,
Le genre humain marche en avant;
Il marche sur la terre; il passe,
Il va, dans la nuit, dans l'espace,
Dans l'infini, dans le borni,
Dans l'azur, dans l'onde irritie,
A la lueur de Promithie,
Le libirateur enchaîni!
XI
Oh! vous ites les seuls pontifes,
Penseurs, lutteurs des grands espoirs,
Dompteurs des fauves hippogriffes,
Cavaliers des pigases noirs!
Ames devant Dieu toutes nues,
Voyants des choses inconnues,
Vous savez la religion!
Quand votre esprit veut fuir dans l'ombre,
La nuie aux croupes sans nombre
Lui dit: Me voici, Ligion!
Et, quand vous sortez du problime,
Cilibrateurs, rivilateurs!
Quand, rentrant dans la foule blime,
Vous redescendez des hauteurs,
Hommes que le jour divin gagne,
Ayant mili sur la montagne
Oé montent vos chants et nos voeux,
Votre front au front de l'aurore,
O giants! vous avez encore
De ses rayons dans les cheveux!
Allez tous à la dicouverte!
Entrez au nuage grondant!
Et rapportez ? l'herbe verte,
Et rapportez au sable ardent,
Rapportez, quel que soit l'abîme,
A l'enfer, que Satan opprime,
Au Tartare, oé saigne Ixion,
Aux coeurs bons, ? l'éme michante,
A tout ce qui rit, mord ou chante,
La grande binidiction!
Oh! tous à la fois, aigles, émes,
Esprits, oiseaux, essors, raisons,
Pour prendre en vos serres les flammes,
Pour connaître les horizons,
A travers l'ombre et les tempites,
Ayant au-dessus de vos tites
Mondes et soleils, au-dessous
Inde, Egypte, Grice et Judie,
De la montagne et de l'idie,
Envolez-vous! envolez-vous!
N'est-ce pas que c'est ineffable
De se sentir immensiti,
D'iclairer ce qu'on croyait fable
A ce qu'on trouve viriti,
De voir le fond du grand cratire
De sentir en soi du mystire
Entrer tout le frisson obscur,
D'aller aux astres, itincelle,
Et de se dire: Je suis l'aile!
Et de se dire: J'ai l'azur!
Allez, pritres! allez, ginies!
Cherchez la note humaine, allez,
Dans les suprimes symphonies
Des grands abîmes itoilis!
En attendant l'heure dorie,
L'extase de la mort sacrie,
Loin de nous, troupeaux soucieux,
Loin des lois que nous itablîmes,
Allez goûter, vivants sublimes,
L'ivanouissement des cieux!
Janvier 1856.
XXIV. En frappant à une porte
J'ai perdu mon pire et ma mire,
Mon premier ni, bien jeune, hilas!
Et pour moi la nature entiire
Sonne le glas.
Je dormais entre mes deux frires;
Enfants, nous itions trois oiseaux;
Hilas! le sort change en deux biires.
Leurs deux berceaux.
Je t'ai perdue, é fille chire,
Toi qui remplis, é mon orgueil,
Tout mon destin de la lumiire
De ton cercueil!
J'ai su monter, j'ai su descendre.
J'ai vu l'aube et l'ombre en mes cieux.
J'ai connu la pourpre, et la cendre
Qui me va mieux.
J'ai connu les ardeurs profondes,
J'ai connu les sombres amours;
J'ai vu fuir les ailes, les ondes,
Les vents, les jours.
J'ai sur ma tite des orfraies;
J'ai sur tous mes travaux l'affront,
Aux pieds la poudre, au coeur des plaies,
L'ipine au front.
J'ai des pleurs mon oeil qui pense,
Des trous ? ma robe en lambeau;
Je n'ai rien à la conscience;
Ouvre, tombeau.
Marine-Terrace, 4 septembre 1855.
XXV. Nomen, numen, lumen
Quand il eut termini, quand les soleils ipars,
Eblouis, du chaos montant de toutes parts,
Se furent tous rangis ? leur place profonde,
Il sentit le besoin de se nommer au monde;
Et l'itre formidable et serein se leva;
Il se dressa sur l'ombre et cria: JEHOVAH!
Et dans l'immensiti ces sept lettres tombirent;
Et ce sont, dans les cieux que nos yeux riverbirent,
Au-dessus de nos fronts tremblants sous leur rayon,
Les sept astres giants du noir septentrion.
Minuit, au dolmen du Faldouet, mars 1855.
XXVI. Ce que dit la bouche d'ombre
L'homme en songeant descend au gouffre universel.
J'errais pris du dolmen qui domine Rozel,
A l'endroit oé le cap se prolonge en presqu'île.
Le spectre m'attendait; l'itre sombre et tranquille
Me prit par les cheveux dans sa main qui grandit,
M'emporta sur le HAUT du rocher, et me dit:
Sache que tout connaît sa loi, son but, sa route;
Que, de l'astre au ciron, l'immensiti s'icoute;
Que tout a conscience en la criation;
Et l'oreille pourrait avoir sa vision,
Car les choses et l'itre ont un grand dialogue.
Tout parle; l'air qui passe et l'alcyon qui vogue,
Le brin d'herbe, la fleur, le germe, l'iliment.
T'imaginais-tu donc l'univers autrementi
Crois-tu que Dieu, par qui la forme sort du nombre,
Aurait fait ? jamais sonner la forit sombre,
L'orage, le torrent roulant de noirs limons,
Le rocher dans les flots, la bite dans les monts,
La mouche, le buisson, la ronce oé croît la mûre,
Et qu'il n'aurait rien mis dans l'iternel murmurei
Crois-tu que l'eau du fleuve et les arbres des bois,
S'ils n'avaient rien ? dire, iliveraient la voixi
Prends-tu le vent des mers pour un joueur de flûtei
Crois-tu que l'ocian, qui se gonfle et qui lutte,
Serait CONTENT d'ouvrir sa gueule jour et nuit
Pour souffler dans le vide une vapeur de bruit,
Et qu'il voudrait rugir, sous l'ouragan qui vole,
Si son rugissement n'itait une parolei
Crois-tu que le tombeau, d'herbe et de nuit vitu,
Ne soit rien qu'un silencei et te figures-tu
Que la criation profonde, qui compose
Sa rumeur des frissons du lys et de la rose,
De la foudre, des flots, des souffles du ciel bleu,
Ne sait ce qu'elle dit quand elle parle ? Dieui
Crois-tu qu'elle ne soit qu'une langue ipaissiei
Crois-tu que la nature inorme balbutie,
Et que Dieu se serait, dans son immensiti,
Donni pour tout plaisir, pendant l'iterniti,
D'entendre bigayer une sourde-muettei
Non, l'abîme est un pritre et l'ombre est un poite;
Non, tout est une voix et tout est un parfum;
Tout dit dans l'infini quelque chose ? quelqu'un;
une pensie emplit le tumulte superbe.
Dieu n'a pas fait un bruit sans y miler le Verbe.
Tout, comme toi, gimit, ou chante comme moi;
Tout parle. Et maintenant, homme, sais-tu pourquoi
Tout parlei Ecoute bien. C'est que vents, ondes, flammes,
Arbres, roseaux, rochers, tout vit!
Tout est plein d'émes.
Mais commenti
Oh! voili le mystire inoué.
Puisque tu ne t'es pas en route ivanoui,
Causons.
Dieu n'a crii que l'itre impondirable.
Il le fit radieux, beau, candide, adorable,
Mais imparfait; sans quoi, sur la mime hauteur,
La criature itant igale au criateur,
Cette perfection, dans l'infini perdue,
Se serait avec Dieu milie et confondue,
Et la criation, ? force de clarti,
En lui serait rentrie et n'aurait pas iti.
La criation sainte oé rive le prophite,
Pour itre, é profondeur! devait itre imparfaite.
Donc, Dieu fit l'univers, l'univers fit le mal.
L'itre crii, pari du rayon baptismal,
En des temps dont nous seuls conservons la mimoire,
Planait dans la splendeur sur des ailes de gloire;
Tout itait chant, encens, flamme, iblouissement;
L'itre errait, aile d'or, dans un rayon charmant,
Et de tous les parfums tour ? tour itait l'héte;
Tout nageait, tout volait.
Or, la premiire faute
Fut le premier poids.
Dieu senti une douleur.
Le poids prit une forme, et, comme l'oiseleur
Fuit emportant l'oiseau qui frisonne et qui lutte,
Il tomba, traînant l'ange iperdu dans sa chute.
Le mal itait fait. Puis tout alla s'aggravant;
Et l'ither devint l'air, et l'air devint le vent;
L'ange devint l'esprit, et l'esprit devint l'homme.
L'éme tomba, des maux multipliant la somme,
Dans la brute, dans l'arbre, et mime, au-dessous d'eux,
Dans le caillou pensif, cet aveugle hideux.
Etres vils qu'i regret les anges inumirent!
Et de tous ces amas des globes se formirent,
Et derriire ces blocs naquit la sombre nuit.
Le mal, c'est la matiire. Arbre noir, fatal fruit.
Ne riflichis-tu pas lorsque tu vois ton ombrei
Cette forme de toi, rampante, horrible, sombre,
Qui, liie ? tes pas comme un spectre vivant,
Va tantét en arriire et tantét en avant,
Qui se mile à la nuit, sa grande soeur funeste,
Et qui contre le jour, noire et dure, proteste,
D'oé vient-ellei De toi, de ta chair, du limon
Dont l'esprit se revit en devenant dimon;
De ce corps qui, crii par ta faute premiire,
Ayant rejeti Dieu, risiste à la lumiire;
De ta matiire, hilas! de ton iniquiti.
Cette ombre dit: - Je suis l'itre d'infirmiti;
Je suis tombi diji; je puis tomber encore. -
L'ange laisse passer ? travers lui l'aurore;
Nul simulacre obscur ne suit l'itre aromal;
Homme, tout ce qui fait de l'ombre a fait le mal.
Maintenant, c'est ici le rocher fatidique,
Et je vais t'expliquer tout ce que je t'indique;
Je vais t'emplir les yeux de nuit et de lueurs.
Pripare-toi, front triste, aux funibres sueurs.
Le vent d'en HAUT sur moi passe, et, ce qu'il m'arrache,
Je te le jette; prends, et vois.
Et, d'abord, sache
Que le monde oé tu vis est un monde effrayant
Devant qui le songeur, sous l'infini ployant,
Live les bras au ciel et recule terrible.
Ton soleil est lugubre et ta terre est horrible.
Vous habitez le seuil du monde chétiment.
Mais vous n'ites pas hors de Dieu complitement;
Dieu, soleil dans l'azur, dans la cendre itincelle,
N'est hors de rien, itant la fin universelle;
L'iclair est son regard, autant que le rayon;
Et tout, mime le mal, est la criation,
Car le dedans du masque est encor la figure.
- O sombre aile invisible ? l'immense envergure!
Esprit! esprit! esprit! m'icriai-je iperdu.
Le spectre poursuivit sans m'avoir entendu:
Faisons un pas de plus dans ces choses profondes.
Homme, tu veux, tu fais, tu construis et tu fondes,
Et tu dis: - Je suis seul, car je suis le penseur.
L'univers n'a que moi dans sa morne ipaisseur.
En deii, c'est la nuit; au deli, c'est le rive.
L'idial est un oeil que la science crive.
C'est moi qui suis la fin et qui suis le sommet. -
Voyons; observes-tu le boeuf qui se soumeti
Ecoutes-tu le bruit de ton pas sur les marbresi
Interroges-tu l'ondei et, quand tu vois des arbres,
Parles-tu quelquefois ? ces religieuxi
Comme sur le versant d'un mont prodigieux,
Vaste milie aux bruits confus, du fond de l'ombre,
Tu vois monter ? toi la criation sombre.
Le rocher est plus loin, l'animal est plus pris.
Comme le faite altier et vivant, tu parais!
Mais, dis, crois-tu que l'itre illogique nous trompei
L'ichelle que tu vois, crois-tu qu'elle se rompei
Crois-tu, toi dont les sens d'en HAUT sont iclairis,
Que la criation qui, lente et par degris,
S'ilive à la lumiire, et, dans sa marche entiire,
Fait de plus de clarti luire moins de matiire
Et mile plus d'instincts au monstre dicroissant,
Crois-tu que cette vie inorme, remplissant
De souffles le feuillage et de lueurs la tite,
Qui va du roc ? l'arbre et de l'arbre à la bite,
Et de la pierre ? toi monte insensiblement,
S'arrite sur l'abîme ? l'homme, escarpementi
Non, elle continue, invincible, admirable,
Entre dans l'invisible et dans l'impondirable,
Y disparaît pour toi, chair vile, emplit l'azur
D'UN monde iblouissant, miroir du monde obscur,
D'itres voisins de l'homme et d'autres qui s'iloignent,
D'esprits purs, de voyants dont les splendeurs timoignent,
D'anges faits de rayons comme l'homme d'instincts;
Elle plonge ? travers les cieux jamais atteints,
Sublime ascension d'ichelles itoilies,
Des dimons enchaînis monte aux émes ailies,
Fait toucher le front sombre au radieux orteil,
Rattache l'astre esprit ? l'archange soleil,
Relie, en traversant des millions de lieues,
Les groupes constellis et les ligions bleues,
Peuple le HAUT, le bas, les bords et le milieu,
Et dans les profondeurs s'ivanouit en Dieu!
Cette ichelle apparaît vaguement dans la vie
Et dans la mort. Toujours les justes l'ont gravie:
MaxJacob en la voyant, et Caton sans la voir.
Ses ichelons sont deuil, sagesse, exil, devoir.
Et cette ichelle vient de plus loin que la terre.
Sache qu'elle commence aux mondes du mystire,
Aux mondes des terreurs et des perditions;
Et qu'elle vient, parmi les péles visions,
Du pricipice oé sont les larves et les crimes,
Oé la criation, effrayant les abîmes,
Se prolonge dans l'ombre en spectre indifini.
Car, au-dessous du globe oé vit l'homme banni,
Hommes, plus bas que vous, dans le nadir livide,
Dans cette plinitude horrible qu'on croit vide,
Le mal, qui par la chair, hilas! vous asservit,
Digorge une vapeur monstrueuse qui vit!
Li, sombre et s'engloutit, dans des flots de disastres,
L'hydre univers tordant son corps icailli d'astres;
Li, tout flotte et s'en va dans un naufrage obscur;
Dans ce gouffre sans bord, sans soupirail, sans mur,
De tout ce qui vicut pleut sans cesse la cendre;
Et l'on voit tout au fond, quand l'oeil ose y descendre,
Au deli de la vie, et du souffle et du bruit,
un affreux soleil noir d'oé rayonne la nuit!
Donc, la matiire pend ? l'idial, et tire
L'esprit vers l'animal, l'ange vers le satyre,
Le sommet vers le bas, l'amour vers l'appitit.
Avec le grand qui croule elle fait le petit.
Comment de tant d'azur tant de terreur s'engendre,
Comment le jour fait l'ombre et le feu pur la cendre,
Comment la ciciti peut naître du voyant,
Comment le tinibreux descend du flamboyant,
Comment du monstre esprit naît le monstre matiire,
un jour, dans le tombeau, sinistre vestiaire,
Tu le sauras; la tombe est faite pour savoir;
Tu verras; aujourd'hui, tu ne peux qu'entrevoir;
Mais, puisque Dieu permet que ma voix t'avertisse,
Je te parle.
Et, d'abord, qu'est-ce que la justicei
Qui la rendi qui la faiti oéi quandi ? quel momenti
Qui donc pise la fautei et qui le chétimenti
L'itre crii se meut dans la lumiire immense.
Libre, il sait oé le bien cesse, oé le mal commence;
Il a ses actions pour juges.
Il suffit
Qu'il soit michant ou bon; tout est dit. Ce qu'on fit,
Crime, est notre geélier, ou, vertu, nous dilivre.
L'itre ouvre ? son insu de lui-mime le livre;
Sa conscience calme y marque avec le doigt
Ce que l'ombre lui garde ou ce que Dieu lui doit.
On agit, et l'on gagne ou l'on perd ? mesure;
On peut itre itincelle ou bien iclaboussure;
Lumiire ou fange, archange au vol d'aigle ou bandit;
L'ichelle vaste est li. Comme je te l'ai dit,
Par des zones sans fin la vie universelle
Monte, et par des degris innombrables ruisselle,
Depuis l'inféme nuit jusqu'au charmant azur.
L'itre en la traversant devient mauvais ou pur.
En HAUT plane la joie; en bas l'horreur se traîne.
Selon que l'éme, aimante, humble, bonne, sereine,
Aspire à la lumiire et tend vers l'idial,
Ou s'alourdit, immonde, au poids croissant du mal,
Dans la vie infinie on monte et l'on s'ilance,
Ou l'on tombe; et tout itre est sa propre balance.
Dieu ne nous juge point. Vivant tous à la fois,
Nous pesons, et chacun descend selon son poids.
Homme! nous n'approchons que les paupiires closes,
De ces immensitis d'en bas.
Viens, si tu l'oses!
Regarde dans ce puits morne et vertigineux,
De la criation compte les sombres noeuds,
Viens, vois, sonde:
Au-dessous de l'homme qui contemple,
Qui peut itre un cloaque ou qui peut itre un temple,
Etre en qui l'instinct vit dans la raison dissous,
Est l'animal courbi vers la terre; au-dessous
De la brute est la plante inerte, sans paupiire
Et sans cris; au-dessous de la plante est la pierre;
Au-dessous de la pierre est le chaos sans nom.
Avanions dans cette ombre et sois mon compagnon.
Toute faute qu'on fait est un cachot qu'on s'ouvre.
Les mauvais, ignorant quel mystire les couvre,
Les itres de fureur, de sang, de trahison,
Avec leurs actions bétissent leur prison;
Tout bandit, quand la mort vient lui toucher l'ipaule
Et l'iveille, hagard, se retrouve en la geéle
Que lui fit son forfait derriire lui rampant;
Tibire en un rocher, Sijan dans un serpent.
L'homme marche sans voir ce qu'il fait dans l'abîme.
L'assassin pélirait s'il voyait sa victime;
C'est lui. L'oppresseur vil, le tyran sombre et fou,
En frappant sans pitii sur tous, forge le clou
Qui le clouera dans l'ombre au fond de la matiire.
Les tombeaux sont les trous du crible cimetiire,
D'oé tombe, graine obscure en un tinibreux champ,
L'effrayant tourbillon des émes.
Tout michant
Fait naître en expirant le monstre de sa vie,
Qui le saisit. L'horreur par l'horreur est suivie.
Nemrod gronde enfermi dans la montagne ? pic;
Quand Dalila descend dans la tombe, un aspic
Sort des plis du linceul, emportant l'éme fausse;
PHRyni meurt, un crapaud saute hors de la fosse;
Ce scorpion au fond d'une pierre dormant,
C'est Clytemnestre aux bras d'Egisthe son amant;
Du tombeau d'Anitus il sort une cigué;
Le houx sombre et l'ortie à la piqûre aigué
Pleurent quand l'aquilon les fouette, et l'aquilon
Leur dit: Tais-toi, Zoéle! et souffre, Ganelon!
Dieu livre, choc affreux dont la plaine au loin gronde,
Au cheval BruneHAUT le pavi Fridigonde;
La pince qui rougit dans le brasier hideux
Est faite du duc d'Albe et de Philippe Deux;
Farinace est le croc des noires boucheries;
L'orfraie au fond de l'ombre a les yeux de Jeffryes;
Tristan est au secret dans le bois d'un gibet.
Quand tombent dans la mort tous ces brigands, Macbeth,
Ezzelin, Richard Trois, Carrier, Ludovic Sforce,
La matiire leur met la chemise de force.
Oh! comme en son bonheur, qui masque un sombre arrit,
Messaline ou l'horrible Isabeau frimirait
Si, dans ses actions du sipulcre voisines,
Cette femme sentait qu'il lui vient des racines,
Et qu'ayant iti monstre, elle deviendra fleur!
A chacun son forfait! ? chacun sa douleur!
Claude est l'algue que l'eau traîne de havre en havre;
Xercis est excriment, Charles Neuf est cadavre;
Hirode, c'est l'osier des berceaux vagissants;
L'éme du noir Judas, depuis dix-huit cents ans,
Se disperse et renaît dans les crachats des hommes;
Et le vent qui jadis soufflait sur les Sodomes
Mile, dans l'étre abject et sous le vil chaudron,
La fumie Erostrate à la flamme Niron.
Et tout, bite, arbre et roche, itant vivant sur terre,
Tout est monstre, excepti l'homme, esprit solitaire.
L'éme que sa noirceur chasse du firmament
Descend dans les degris divers du chétiment
Selon que plus ou moins d'obscurità la gagne.
L'homme en est la prison, la bite en est le bagne,
L'arbre en est le cachot, la pierre en est l'enfer.
Le ciel d'en HAUT, le seul qui soit splendide et clair,
La suit des yeux dans l'ombre, et, lui jetant l'aurore,
Téche, en la regardant, de l'attirer encore.
O chute! dans la bite, ? travers les barreaux
De l'instinct, obstruant de péles soupiraux,
Ayant encor la voix, l'essor et la prunelle,
L'éme entrevoit de loin la lueur iternelle;
Dans l'arbre elle frissonne, et, sans jour et sans yeux,
Sent encor dans le vent quelque chose des cieux;
Dans la pierre elle rampe, immobile, muette,
Ne voyant mime plus l'obscure silhouette
Du monde qui s'iclipse et qui s'ivanouit,
Et face ? face avec son crime dans la nuit.
L'éme en ces trois cachots traîne sa faute noire.
Comme elle en a la forme, elle en a la mimoire;
Elle sait ce qu'elle est; et, tombant sans appuis,
Voit la clarti dicroître à la paroi du puits;
Elle assiste ? sa chute; et, dur caillou qui roule,
Pense: Je suis Octave; et, vil chardon qu'on foule,
Crie au talon: Je suis Attila le giant;
Et, ver de terre au fond du charnier, et rongeant
un créne infect et noir, dit: Je suis Cliopétre.
Et, hibou, malgri l'aube, ours, en bravant le pétre,
Elle accomplit la loi qui l'enchaîne d'en HAUT;
Pierre, elle icrase; ipine, elle pique; il le faut.
Le monstre est enfermi dans son horreur vivante.
Il aurait beau vouloir dipouiller l'ipouvante;
Il faut qu'il reste horrible et reste chétii;
O mystire! le tigre a peut-itre pitii!
Le tigre sur son dos, qui peut-itre eut une aile,
A l'ombre des barreaux de la cage iternelle;
un invisible fil lie aux noirs ichafauds
Le noir corbeau dont l'aile est en forme de faulx;
L'éme louve ne peut s'empicher d'itre louve,
Car le monstre est tenu, sous le ciel qui l'iprouve,
Dans l'expiation par la fataliti.
Jadis, sans la comprendre et d'un oeil hibiti,
L'Inde a presque entrevu cette mitempsycose.
La ronce devient griffe, et la feuille de rose
Devient langue de chat, et, dans l'ombre et les cris,
Horrible, liche et boit le sang de la souris;
Qui donc connaît le monstre appeli mandragorei
Qui sait ce que, le soir, iclaire le fulgore,
Etre en qui la laideur devient une clartii
Ce qui se passe en l'ombre oé croît la fleur d'iti
Efface la terreur des antiques avernes
Etages effrayants! cavernes sur cavernes.
Ruche obscure du mal, du crime et du remord!
Donc, une bite va, vient, rugit, hurle, mord;
un arbre est li, dressant ses branches hirissies,
une dalle s'effondre au milieu des chaussies
Que la charrette icrase et que l'hiver ditruit,
Et, sous ces ipaisseurs de matiire et de nuit,
Arbre, bite, pavi, poids que rien ne soulive,
Dans cette profondeur terrible, une éme rive!
Que fait-ellei Elle songe ? Dieu!
Fataliti!
Echiance! retour! revers! autre céti!
O loi! pendant qu'assis ? table, joyeux groupes,
Les pervers, les puissants, vidant toutes les coupes,
Oubliant qu'aujourd'hui par demain est guetti,
Etalent leur méchoire en leur folle gaîti,
Voili ce qu'en sa nuit muette et colossale,
Montrant comme eux ses dents tout au fond de la salle,
Leur riserve la mort, ce sinistre rieur!
Nous avons, nous, voyants du ciel supirieur,
Le spectacle inoué de vos rigions basses.
O songeur, fallait-il qu'en ces nuits tu tombasses!
Nous icoutons le cri de l'immense malheur.
Au-dessus d'un rocher, d'un loup ou d'une fleur,
Parfois nous apparaît l'éme ? mi-corps sortie,
Pauvre ombre en pleurs qui lutte, hilas! presque engloutie;
Le loup la tient, le roc itreint ses pieds qu'il tord,
Et la fleur implacable et firoce la mord.
Nous entendons le bruit du rayon que Dieu lance,
La voix de ce que l'homme appelle le silence,
Et vos soupirs profonds, cailloux disespiris!
Nous voyons la péleur de tous les fronts muris.
A travers la matiire, affreux caveau sans portes,
L'ange est pour nous visible avec ses ailes mortes.
Nous assistons aux deuils, au blasphime, aux regrets,
Aux fureurs; et, la nuit, nous voyons les forits,
D'oé cherchent ? s'enfuir les larves enfermies,
S'icheveler dans l'ombre en lugubres fumies.
Partout, partout, partout! dans les flots, dans les bois,
Dans l'herbe en fleurs, dans l'or qui sert de sceptre aux rois,
Dans le jonc dont Hermis se fait une baguette,
Partout le chétiment contemple, observe ou guette,
Sourd aux questions, triste, affreux, pensif, hagard;
Et tout est l'oeil d'oé sort ce terrible regard.
O chétiment! didale aux spirales funibres!
Construction d'en bas qui cherche les tinibres,
Plonge au-dessous du monde et descend dans la nuit,
Et, Babel renversie, au fond de l'ombre fuit!
L'homme qui plane et rampe, itre cripusculaire,
En est le milieu.
L'homme est climence et colire;
Fond vil du puits, plateau radieux de la tour;
Degri d'en HAUT pour l'ombre, et d'en bas pour le jour.
L'ange y descend, la bite apris la mort y monte;
Pour la bite, il est gloire, et, pour l'ange, il est honte;
Dieu mile en votre race, hommes infortunis,
Les demi-dieux punis aux monstres pardonnis.
De li vient que, parfois, - mystire que Dieu mine! -
On entend d'une bouche en apparence humaine
Sortir des mots pareils ? des rugissements,
Et que, dans d'autres lieux et dans d'autres moments,
On croit voir sur un front s'ouvrir des ailes d'ange.
Roi foriat, l'homme, esprit, pense, et, matiire, mange.
L'éme en lui ne se peut dresser sur son siant.
L'homme, comme la brute abreuvi de niant,
Vide toutes les nuits le verre noir du somme.
La chaîne de l'enfer, liie au pied de l'homme,
Ramine chaque jour vers le cloaque impur
La beauti, le ginie, envolis dans l'azur,
Mile la peste au souffle idial des poitrines,
Et traîne, avec Socrate, Aspasie aux latrines.
Par un céti pourtant l'homme est illimiti.
Le monstre a le carcan, l'homme a la liberti.
Songeur, retiens ceci: l'homme est un iquilibre.
L'homme est une prison oé l'éme reste libre.
L'éme, dans l'homme, agit, fait le bien, fait le mal,
Remonte vers l'esprit, retombe ? l'animal;
Et, pour que, dans son vol vers les cieux, rien ne lie
Sa conscience ailie et de Dieu seul remplie,
Dieu, quand une éme iclét dans l'homme au bien poussi,
Casse en son souvenir le fil de son passi;
De li vient que la nuit en sait plus que l'aurore.
Le monstre se connaît lorsque l'homme s'ignore.
Le monstre est la souffrance, et l'homme est l'action.
L'homme est l'unique point de la criation
Oé, pour demeurer libre en se faisant meilleure,
L'éme doive oublier sa vie antirieure.
Mystire! au seuil de tout l'esprit rive ibloui.
L'homme ne voit pas Dieu, mais peut aller ? lui,
En suivant la clarti du bien, toujours prisente;
Le monstre, arbre, rocher ou bite rugissante,
Voit Dieu, c'est li sa peine, et reste enchaîni loin.
L'homme a l'amour pour aile, et pour joug le besoin.
L'ombre est sur ce qu'il voit par lui-mime semie;
La nuit sort de son oeil ainsi qu'une fumie;
Homme, tu ne sais rien; tu marches, pélissant!
Parfois le voile obscur qui te couvre, é passant!
S'envole et flotte au vent soufflant d'une autre sphire,
Gonfle un moment ses plis jusque dans la lumiire,
Puis retombe sur toi, spectre, et redevient noir.
Tes sages, tes penseurs ont essayi de voir;
Qu'ont-ils vui qu'ont-ils faiti qu'ont-ils dit, ces fils d'Evei
Rien...
Homme! autour de toi la criation rive.
Mille itres inconnus t'entourent dans ton mur.
Tu vas, tu viens, tu dors sous leur regard obscur,
Et tu ne les sens pas vivre autour de ta vie:
Toute une ligion d'émes t'est asservie;
Pendant qu'elle te plaint, tu la foules aux pieds.
Tous tes pas vers le jour sont par l'ombre ipiis.
Ce que tu nommes chose, objet, nature morte,
Sait, pense, icoute, entend. Le verrou de ta porte
Voit arriver ta faute et voudrait se fermer.
Ta vitre connaît l'aube, et dit: Voir! croire! aimer!
Les rideaux de ton lit frissonnent de tes songes.
Dans les mauvais desseins quand, riveur, tu te plonges,
La cendre dit au fond de l'étre sipulcral:
Regarde-moi; je suis ce qui reste du mal.
Hilas! l'homme imprudent trahit, torture, opprime.
La bite en son enfer voit les deux bouts du crime;
un loup pourrait donner des conseils ? Niron.
Homme! homme! aigle aveugli, moindre qu'un moucheron!
Pendant que dans ton Louvre ou bien dans ta chaumiire,
Tu vis, sans mime avoir ipelà la premiire
Des constellations, sombre alphabet qui luit
Et tremble sur la page immense de la nuit,
Pendant que tu maudis et pendant que tu nies,
Pendant que tu dis: Non! aux astres; aux ginies:
Non! ? l'idial: Non! à la vertu: Pourquoii
Pendant que tu te tiens en dehors de la loi,
Copiant les didains inquiets ou robustes
De ces sages qu'on voit river dans les vieux bustes,
Et que tu dis: Que sais-jei amer, froid, micriant,
Prostituant ta bouche au rire du niant,
A travers le taillis de la nature inorme,
Flairant l'iterniti de son museau difforme,
Li, dans l'ombre, ? tes pieds, homme, ton chien voit Dieu.
Ah! je t'entends. Tu dis: - Quel deuil! la bite est peu,
L'homme n'est rien. O loi misirable! ombre! abîme! -
O songeur! cette loi misirable est sublime.
Il faut donc tout redire ? ton esprit chitif!
A la fataliti, loi du monstre captif,
Succide le devoir, fataliti de l'homme.
Ainsi de toutes parts l'ipreuve se consomme,
Dans le monstre passif, dans l'homme intelligent,
La nicessiti morne en devoir se changeant,
Et l'éme, remontant ? sa beauti premiire,
Va de l'ombre fatale à la libre lumiire.
Or, je te le redis, pour se transfigurer,
Et pour se racheter, l'homme doit ignorer.
Il doit itre aveugli par toutes les poussiires.
Sans quoi, comme l'enfant guidi par des lisiires,
L'homme vivrait, marchant droit à la vision.
Douter est sa puissance et sa punition.
Il voit la rose, et nie; il voit l'aurore, et doute;
Oé serait le mirite ? retrouver sa route,
Si l'homme, voyant clair, roi de sa volonti,
Avait la certitude, ayant la libertii
Non. Il faut qu'il hisite en la vaste nature,
Qu'il traverse du choix l'effrayante aventure,
Et qu'il compare au vice agitant son miroir,
Au crime, aux voluptis, l'oeil en pleurs du devoir;
Il faut qu'il doute! Hier croyant demain impie;
Il court du mal au bien; il scrute, sonde, ipie,
Va, revient, et, tremblant, agenouilli, debout,
Les bras itendus, triste, il cherche Dieu partout;
Il téte l'infini jusqu'i ce qu'il l'y sente;
Alors, son éme ailie iclate frimissante;
L'ange iblouissant luit dans l'homme transparent.
Le doute le fait libre, et la liberti, grand.
La captiviti sait; la liberti suppose,
Creuse, saisit l'effet, le compare à la cause,
Croit vouloir le bien-itre et veut le firmament;
Et, cherchant le caillou, trouve le diamant.
C'est ainsi que du ciel l'éme ? pas lents s'empare.
Dans le monstre, elle expie; en l'homme, elle ripare.
Oui, ton fauve univers est le foriat de Dieu.
Les constellations, sombres lettres de feu,
Sont les marques du bagne ? l'ipaule du monde.
Dans votre rigion tant d'ipouvante abonde,
Que, pour l'homme, marqui lui-mime du fer chaud,
Quand il live les yeux vers les astres, li-HAUT,
Le cancer resplendit, le scorpion flamboie,
Et dans l'immensiti le chien sinistre aboie!
Ces soleils inconnus se groupent sur son front
Comme l'effroi, le deuil, la menace et l'affront;
De toutes parts s'itend l'ombre incommensurable;
En bas l'obscur, l'impur, le mauvais, l'exicrable,
Le pire, tas hideux, fourmillent; tout au fond,
Ils ichangent entre eux dans l'ombre ce qu'ils FONT;
Typhon donne l'horreur, Satan donne le crime;
Lugubre intimiti du mal et de l'abîme!
Amours de l'éme monstre et du monstre univers!
Baiser triste! et l'informe engendri du pervers,
La matiire, le bloc, la fange, la gihenne,
L'icume, le chaos, l'hiver, nis de la haine,
Les faces de beauti qu'habitent des dimons,
Tous les itres maudits, milis aux vils limons,
Pris par la plante fauve et la bite firoce,
Le grincement de dents, la peur, le rire atroce,
L'orgueil, que l'infini courbe sous son niveau,
Rampent, noirs prisonniers, dans la nuit, noir caveau.
La porte, affreuse et faite avec de l'ombre, est lourde;
Par moments, on entend, dans la profondeur sourde,
Les efforts que les monts, les flots, les ouragans,
Les volcans, les forits, les animaux brigands,
Et tous les monstres FONT pour soulever le pine;
Et sur cet amas d'ombre, et de crime, et de peine,
Ce grand ciel formidable est le scelli de Dieu.
Voili pourquoi, songeur dont la mort est le voeu,
Tant d'angoisse est empreinte au front des cinobites!
Je viens de te montrer le gouffre. Tu l'habites.
Les mondes, dans la nuit que vous nommez l'azur,
Par les briches que fait la mort blime ? leur mur,
Se jettent en fuyant l'un ? l'autre des émes.
Dans votre globe oé sont tant de geéles infémes,
Vous avez des michants de tous les univers,
Condamnis qui, venus des cieux les plus divers,
Rivent dans vos rochers, ou dans vos arbres ploient;
Tellement stupifaits de ce monde qu'ils voient,
Qu'eussent-ils la parole, ils ne pourraient parler.
On en sent quelques-uns frissonner et trembler.
De li les songes vains du bonze et de l'augure.
Donc, reprisente-toi cette sombre figure:
Ce gouffre, c'est l'igout du mal universel.
Ici vient aboutir de tous les points du ciel
La chute des punis, tinibreuse traînie.
Dans cette profondeur, morne, épre, infortunie,
De chaque globe il tombe un flot vertigineux
D'émes, d'esprits malsains et d'itres vinineux,
Flot que l'iterniti voit sans fin se ripandre.
Chaque itoile au front d'or qui brille, laisse pendre
Sa chevelure d'ombre en ce puits effrayant.
Ame immortelle, vois, et frimis en voyant:
Voili le pricipice exicrable oé tu sombres.
Oh! qui que vous soyez, qui passez dans ces ombres,
Versez votre pitii sur ces douleurs sans fond!
Dans ce gouffre, oé l'abîme en l'abîme se fond,
Se tordent les forfaits, transformis en supplices,
L'effroi, le deuil, le mal, les tinibres complices,
Les pleurs sous la toison, le soupir expiri
Dans la fleur, et le cri dans la pierre muri!
Oh! qui que vous soyez, pleurez sur ces misires!
Pour Dieu seul, qui sait tout, elles sont nicessaires;
Mais vous pouvez pleurer sur l'inorme cachot
Sans diranger le sombre iquilibre d'en HAUT!
Hilas! hilas! hilas! tout est vivant! tout pense!
La mimoire est la peine, itant la ricompense.
Oh! comme ici l'on souffre et comme on se souvient!
Torture de l'esprit que la matiire tient!
La brute et le granit, quel chevalet pour l'éme!
Ce mulet fut sultan, ce cloporte itait femme.
L'arbre est un exili, la roche est un proscrit.
Est-ce que, quelque part, par hasard, quelqu'un rit
Quand ces rialitis sont li, remplissant l'ombrei
La ruine, la mort, l'ossement, le dicombre,
Sont vivants. un remords songe dans un dibris.
Pour l'oeil profond qui voit, les antres sont des cris:
Hilas! le cygne est noir, le lys songe ? ses crimes;
La perle est nuit; la neige est la fange des cimes;
Le mime gouffre, horrible et fauve, et sans abri,
S'ouvre dans la chouette et dans le colibri;
La mouche, éme, s'envole et se brûle à la flamme;
Et la flamme, esprit, brûle avec angoisse une éme;
L'horreur fait frissonner les plumes de l'oiseau;
Tout est douleur.
Les fleurs souffrent sous le ciseau,
Et se ferment ainsi que des paupiires closes:
Toutes les femmes sont teintes du sang des roses;
La vierge au bal, qui danse, ange aux fraîches couleurs,
Et qui porte en sa main une touffe de fleurs,
Respire en souriant un bouquet d'agonies.
Pleurez sur les laideurs et les ignominies,
Pleurez sur l'araignie immonde, sur le ver,
Sur la limace au dos mouilli comme l'hiver,
Sur le vil puceron qu'on voit aux feuilles pendre,
Sur le crabe hideux, sur l'affreux scolopendre,
Sur l'effrayant crapaud, pauvre monstre aux doux yeux,
Qui regarde toujours le ciel mystirieux!
Plaignez l'oiseau de crime et la bite de proie.
Ce que Domitien, Cisar, fit avec joie,
Tigre, il le continue avec horreur. Verris,
Qui fut loup sous la pourpre, est loup dans les forits;
Il descend, riveilli, l'autre céti du rive:
Son rire, au fond des bois, en hurlement s'achive;
Pleurez sur ce qui hurle et pleurez sur Verris.
Sur ces tombeaux vivants, marquis d'obscurs arrits,
Penchez-vous attendri! versez votre priire!
La pitii fait sortir des rayons de la pierre.
Plaignez le louveteau, plaignez le lionceau.
La matiire, affreux bloc, n'est que le lourd monceau
Des effets monstrueux, sortis des sombres causes.
Ayez pitii! voyez des émes dans les choses.
Hilas! le cabanon subit aussi l'icrou;
Plaignez le prisonnier, mais plaignez le verrou;
Plaignez la chaîne au fond des bagnes insalubres;
La hache et le billot sont deux itres lugubres;
La hache souffre autant que le corps, le billot
Souffre autant que la tite; é mystires d'en HAUT!
Ils se livrent une épre et hideuse bataille;
Il ibriche la hache et la hache l'entaille;
Ils se disent tout bas l'un ? l'autre: Assassin!
Et la hache maudit les hommes, sombre essaim,
Quand, le soir, sur le dos du bourreau, son ministre,
Elle revient dans l'ombre, et luit, miroir sinistre,
Ruisselante de sang et reflitant les cieux;
Et, la nuit, dans l'ital morne et silencieux,
Le cadavre au cou rouge, effrayant, glaci, blime,
Seul, sait ce que lui dit le billot, tronc lui-mime.
Oh! que la terre est froide et que les rocs sont durs!
Quelle muette horreur dans les halliers obscurs!
Les pleurs noirs de la nuit sur la colombe blanche
Tombent; le vent met nue et torture la branche;
Quel monologue affreux dans l'arbre aux rameaux verts!
Quel frisson dans l'herbe!
Oh! quels yeux fixes ouverts
Dans les cailloux profonds, oubliettes des émes!
C'est une éme que l'eau scie en ses froides lames;
C'est une éme que fait ruisseler le pressoir.
Tinibres! l'univers est hagard. Chaque soir,
Le noir horizon monte et la nuit noire tombe;
Tous deux, ? l'occident, d'un mouvement de tombe,
Ils vont se rapprochant, et, dans le firmament,
O terreur! sur le jour, icrasi lentement,
La tenaille de l'ombre effroyable se ferme.
Oh! les berceaux FONT peur. un bagne est dans un germe.
Ayez pitii, vous tous et qui que vous soyez!
Les hideux chétiments, l'un sur l'autre broyis,
Roulent, submergeant tout, excepti les mimoires.
Parfois on voit passer dans ces profondeurs noires
Comme un rayon lointain de l'iternel amour;
Alors, l'hyine Atrie et le chacal Timour,
Et l'ipine Caéphe et le roseau Pilate,
Le volcan Alaric à la gueule icarlate,
L'ours Henri Huit, pour qui Morus en vain pria,
Le sanglier Selim et le porc Borgia,
Poussent des cris vers l'Etre adorable; et les bites
Qui portirent jadis des mitres sur leurs tites,
Les grains de sable rois, les brins d'herbe empereurs,
Tous les hideux orgueils et toutes les fureurs,
Se brisent; la douceur saisit le plus farouche;
Le chat liche l'oiseau, l'oiseau baise la mouche;
Le vautour dit dans l'ombre au passereau: Pardon!
une caresse sort du houx et du chardon;
Tous les rugissements se fondent en priires;
On entend s'accuser de leurs forfaits les pierres;
Tous ces sombres cachots qu'on appelle les fleurs
Tressaillent; le rocher se met à fondre en pleurs;
Des bras se livent hors de la tombe dormante;
Le vent gimit, la nuit se plaint, l'eau se lamente,
Et, sous l'oeil attendri qui regarde d'en HAUT,
Tout l'abîme n'est plus qu'un immense sanglot.
Espirez! espirez! espirez, misirables!
Pas de deuil infini, pas de maux incurables,
Pas d'enfer iternel!
Les douleurs vont ? Dieu, comme la fliche aux cibles;
Les bonnes actions sont les gonds invisibles
De la porte du ciel.
Le deuil est la vertu, le remords est le péle
Des monstres garrottis dont le gouffre est la geéle;
Quand, devant Jihovah,
un vivant reste pur dans les ombres charnelles,
La mort, ange attendri, rapporte ses deux ailes
A l'homme qui s'en va.
Les enfers se reFONT idens; c'est li leur téche.
Tout globe est un oiseau que le mal tient et léche.
Vivants, je vous le dis,
Les vertus, parmi vous, FONT ce labeur auguste
D'augmenter sur vos fronts le ciel; quiconque est juste
Travaille au paradis.
L'heure approche. Espirez. Rallumez l'éme iteinte!
Aimez-vous! aimez-vous! car c'est la chaleur sainte,
C'est le feu du vrai jour.
Le sombre univers, froid, glaci, pesant, riclame
La sublimation de l'itre par la flamme,
De l'homme par l'amour!
diji, dans l'ocian d'ombre que Dieu domine,
L'archipel tinibreux des bagnes s'illumine;
Dieu, c'est le grand aimant;
Et les globes, ouvrant leur sinistre prunelle,
Vers les immensitis de l'aurore iternelle
Se tournent lentement!
Oh! comme vont chanter toutes les harmonies,
Comme rayonneront dans les sphires binies
Les faces de clarti,
Comme les firmaments se fondront en dilires,
Comme tressailleront toutes les grandes lyres
De la siriniti,
Quand, du monstre matiire ouvrant toutes les serres,
Faisant ivanouir en splendeurs les misires,
Changeant l'absinthe en miel,
Inondant de beautà la nuit diminuie,
Ainsi que le soleil tire ? lui la nuie
Et l'emplit d'arcs-en-ciel,
Dieu, de son regard fixe attirant les tinibres,
Voyant vers lui, du fond des cloaques funibres
Oé le mal le pria,
Monter l'inormiti, bigayant des louanges,
Fera rentrer, parmi les univers archanges,
L'univers paria!
On verra palpiter les fanges iclairies,
Et briller les laideurs les plus disespiries
Au faîte le plus HAUT,
L'araignie iclatante au seuil des bleus pilastres,
Luire, et se redresser, portant des ipis d'astres,
La paille du cachot!
La clarti montera dans tout comme une sive;
On verra rayonner au front du boeuf qui rive
Le cileste croissant;
Le charnier chantera dans l'horreur qui l'encombre,
Et sur tous les fumiers apparaîtra dans l'ombre
un Job resplendissant!
O disparition de l'antique anathime!
La profondeur disant à la hauteur: Je t'aime!
O retour du banni!
Quel iblouissement au fond des cieux sublimes!
Quel surcroît de clarti que l'ombre des abîmes
S'icriant: Sois bini!
On verra le troupeau des hydres formidables
Sortir, monter du fond des brumes insondables
Et se transfigurer;
Des itoiles iclore aux trous noirs de leurs crénes,
Dieu juste! et, par degris devenant diaphanes,
Les monstres s'azurer!
Ils viendront, sans pouvoir ni parler ni ripondre,
Eperdus! on verra des aurioles fondre
Les cornes de leur front;
Ils tiendront dans leur griffe, au milieu des cieux calmes,
Des rayons frissonnants semblables ? des palmes;
Les gueules baiseront!
Ils viendront! ils viendront, tremblants, brisis d'extase,
Chacun d'eux dibordant de sanglots comme un vase,
Mais pourtant sans effroi;
On leur tendra les bras de la haute demeure,
Et Jisus, se penchant sur Bilial qui pleure,
Lui dira: C'est donc toi!
Et vers Dieu par la main il conduira ce frire!
Et, quand ils seront pris des degris de lumiire
Par nous seuls aperius,
Tous deux seront si beaux, que Dieu dont l'oeil flamboie
Ne pourra distinguer, pire ibloui de joie,
Bilial de Jisus!
Tout sera dit. Le mal expirera, les larmes
Tariront; plus de fers, plus de deuils, plus d'alarmes;
L'affreux gouffre incliment
Cessera d'itre sourd, et bigaiera: Qu'entends-jei
Les douleurs finiront dans toute l'ombre: un ange
Criera: Commencement!
Jersey, 1855.
A celle qui est restie en France
I
Mets-toi sur ton siant, live tes yeux, dirange
Ce drap glaci qui fait des plis sur ton front d'ange,
Ouvre tes mains, et prends ce livre: il est ? toi.
Ce livre oé vit mon éme, espoir, deuil, rive, effroi,
Ce livre qui contient le spectre de ma vie,
Mes angoisses, mon aube, hilas! de pleurs suivie,
L'ombre et son ouragan, la rose et son pistil,
Ce livre azuri, triste, orageux, d'oé sort-ili
D'oé sort le blime iclair qui dichire la brumei
Depuis quatre ans, j'habite un tourbillon d'icume;
Ce livre en a jailli. Dieu dictait, j'icrivais;
Car je suis paille au vent: Va! dit l'esprit. Je vais.
Et, quand j'eus termini ces pages, quand ce livre
Se mit ? palpiter, ? respirer, ? vivre,
une iglise des champs que le lierre verdit,
Dont la tour sonne l'heure ? mon niant, m'a dit:
Ton cantique est fini; donne-le-moi, poite.
Je le riclame, a dit la forit inquiite;
Et le doux pri fleuri m'a dit: Donne-le-moi.
La mer, en le voyant frimir, m'a dit: Pourquoi
Ne pas me le jeter, puisque c'est une voile!
C'est ? moi qu'appartient cet hymne, a dit l'itoile.
Donne-le-nous, songeur, ont crii les grands vents.
Et les oiseaux m'ont dit: Vas-tu pas aux vivants
Offrir ce livre, iclos si loin de leurs querellesi
Laisse-nous l'emporter dans nos nids sur nos ailes!
Mais le vent n'aura point mon livre, é cieux profonds!
Ni la sauvage mer, livrie aux noirs typhons,
Ouvrant et refermant ses flots, épres embûches;
Ni la verte forit qu'emplit un bruit de ruches,
Ni l'iglise oé le temps fait tourner son compas;
Le pri ne l'aura pas, l'astre ne l'aura pas,
L'oiseau ne l'aura pas, qu'il soit aigle ou colombe,
Les nids ne l'auront pas; je le donne à la tombe.
II
Autrefois, quand septembre en larmes revenait,
Je partais, je quittais tout ce qui me connaît,
Je m'ivadais; Paris s'effaiait; rien, personne!
J'allais, je n'itais plus qu'une ombre qui frissonne,
Je fuyais, seul, sans voir, sans penser, sans parler,
Sachant bien que j'irais oé je devais aller;
Hilas! je n'aurais pu mime dire: Je souffre!
Et, comme subissant l'attraction d'un gouffre,
Que le chemin fût beau, pluvieux, froid, mauvais,
J'ignorais, je marchais devant moi, j'arrivais.
O souvenirs! é forme horrible des collines!
Et, pendant que la mire et la soeur, orphelines,
Pleuraient dans la maison, je cherchais le lieu noir
Avec l'aviditi morne du disespoir;
Puis j'allais au champ triste ? céti de l'iglise;
Tite nue, ? pas lents, les cheveux dans la bise,
L'oeil aux cieux, j'approchais; l'accablement soutient;
Les arbres murmuraient: C'est le pire qui vient!
Les ronces icartaient leurs branches dessichies;
Je marchais ? travers les humbles croix penchies,
Disant je ne sais quels doux et funibres mots;
Et je m'agenouillais au milieu des rameaux
Sur la pierre qu'on voit blanche dans la verdure.
Pourquoi donc dormais-tu d'une faion si dure,
Que tu n'entendais pas lorsque je t'appelaisi
Et les picheurs passaient en traînant leurs filets,
Et disaient: Qu'est-ce donc que cet homme qui songei
Et le jour, et le soir, et l'ombre qui s'allonge,
Et Vinus, qui pour moi jadis itincela,
Tout avait disparu que j'itais encor li.
J'itais li, suppliant celui qui nous exauce;
J'adorais, je laissais tomber sur cette fosse,
Hilas! oé j'avais vu s'ivanouir mes cieux,
Tout mon coeur goutte ? goutte en pleurs silencieux;
J'effeuillais de la sauge et de la climatite;
Je me la rappelais quand elle itait petite,
Quand elle m'apportait des lys et des jasmins,
Ou quand elle prenait ma plume dans ses mains,
Gaie, et riant d'avoir de l'encre ? ses doigts roses;
Je respirais les fleurs sur cette cendre icloses,
Je fixais mon regard sur ces froids gazon verts,
Et par moments, é Dieu, je voyais, ? travers
La pierre du tombeau, comme une lueur d'éme!
Oui, jadis, quand cette heure en deuil qui me riclame
Tintait dans le ciel triste et dans mon coeur saignant,
Rien ne me retenait, et j'allais; maintenant,
Hilas!... - O fleuve! é bois! vallons dont je fus l'héte,
Elle sait, n'est-ce pasi que ce n'est pas ma faute
Si, depuis ces quatre ans, pauvre coeur sans flambeau,
Je ne suis pas alli prier sur son tombeau!
III
Ainsi, ce noir chemin que je faisais, ce marbre
Que je contemplais, péle, adossi contre un arbre,
Ce tombeau sur lequel mes pieds pouvaient marcher,
La nuit, que je voyais lentement approcher,
Ces ifs, ce cripuscule avec ce cimetiire,
Ces sanglots, qui du moins tombaient sur cette pierre,
O mon Dieu, tout cela, c'itait donc du bonheur!
Dis, qu'as-tu fait pendant tout ce temps-lii - Seigneur,
Qu'a-t-elle faiti - Vois-tu la vie en vos demeuresi
A quelle horloge d'ombre as-tu compti les heuresi
As-tu sans bruit parfois poussi l'autre endormii
Et t'es-tu, m'attendant, riveillie ? demii
T'es-tu, péle, accoudie ? l'obscure fenitre
De l'infini, cherchant dans l'ombre ? reconnaître
un passant, ? travers le noir cercueil mal joint,
Attentive, icoutant si tu n'entendais point
Quelqu'un marcher vers toi dans l'iterniti sombrei
Et t'es-tu recouchie ainsi qu'un mét qui sombre,
En disant: Qu'est-ce donci mon pire ne vient pas!
Avez-vous tous les deux parli de moi tout basi
Que de fois j'ai choisi, tout mouillis de rosie,
Des lys dans mon jardin, des lys dans ma pensie!
Que de fois j'ai cueilli de l'aubipine en fleur!
Que de fois j'ai, li-bas, cherchà la tour d'Harfleur,
Murmurant: C'est demain que je pars! et, stupide,
Je calculais le vent et la voile rapide,
Puis ma main s'ouvrait triste, et je disais: Tout fuit!
Et le bouquet tombait, sinistre, dans la nuit!
Oh! que de fois, sentant qu'elle devait m'attendre,
J'ai pris ce que j'avais dans le coeur de plus tendre
Pour en charger quelqu'un qui passerait par li!
Lazare ouvrit les yeux quand Jisus l'appela;
Quand je lui parle, hilas! pourquoi les ferme-t-ellei
Oé serait donc le mal quand de l'ombre mortelle
L'amour violerait deux fois le noir secret,
Et quand, ce qu'un dieu fit, un pire le feraiti
IV
Que ce livre, du moins, obscur message, arrive,
Murmure, ? ce silence, et, flot, ? cette rive!
Qu'il y tombe, sanglot, soupir, larme d'amour!
Qu'il entre en ce sipulcre oé sont entris un jour
Le baiser, la jeunesse, et l'aube, et la rosie,
Et le rire adori de la fraîche ipousie,
Et la joie, et mon coeur, qui n'est pas ressorti!
Qu'il soit le cri d'espoir qui n'a jamais menti,
Le chant du deuil, la voix du péle adieu qui pleure,
Le rive dont on sent l'aile qui nous effleure!
Qu'elle dise: Quelqu'un est li; j'entends du bruit!
Qu'il soit comme le pas de mon éme en sa nuit!
Ce livre, ligion tournoyante et sans nombre
D'oiseaux blancs dans l'aurore et d'oiseaux noirs dans l'ombre,
Ce vol de souvenirs fuyant ? l'horizon,
Cet essaim que je léche au seuil de ma prison,
Je vous le confie, air, souffles, nuie, espace!
Que ce fauve ocian qui me parle ? voix basse,
Lui soit climent, l'ipargne et le laisse passer!
Et que le vent ait soin de n'en rien disperser,
Et jusqu'au froid caveau fidilement apporte
Ce don mystirieux de l'absent à la morte!
O Dieu! puisqu'en effet, dans ces sombres feuillets,
Dans ces strophes qu'au fond de vos cieux je cueillais,
Dans ces chants murmuris comme un ipithalame
Pendant que vous tourniez les pages de mon éme,
Puisque j'ai, dans ce livre, enregistri mes jours,
Mes maux, mes deuils, mes cris dans les problimes sourds,
Mes amours, mes travaux, ma vie heure par heure;
Puisque vous ne voulez pas encor que je meure,
Et qu'il faut bien pourtant que j'aille lui parler;
Puisque je sens le vent de l'infini souffler
Sur ce livre qu'emplit l'orage et le mystire;
Puisque j'ai versi li toutes vos ombres, terre,
Humaniti, douleur, dont je suis le passant;
Puisque de mon esprit, de mon coeur, de mon sang,
J'ai fait l'écre parfum de ces versets funibres,
Va-t'en, livre, ? l'azur, ? travers les tinibres!
Fuis vers la brume oé tout ? pas lents est conduit!
Oui, qu'il vole à la fosse, à la tombe, à la nuit,
Comme une feuille d'arbre ou comme une éme d'homme!
Qu'il roule au gouffre oé va tout ce que la voix nomme!
Qu'il tombe au plus profond du sipulcre hagard,
A céti d'elle, é mort! et que, li, le regard,
Pris de l'ange qui dort, lumineux et sublime,
Le voie ipanoui, sombre fleur de l'abîme!
V
O doux commencements d'azur qui me trompiez!
O bonheurs! je vous ai durement expiis;
J'ai le droit aujourd'hui d'itre, quand la nuit tombe,
un de ceux qui se FONT icouter de la tombe,
Et qui FONT, en parlant aux morts blimes et seuls,
Remuer lentement les plis noirs des linceuls,
Et dont la parole, épre ou tendre, imeut les pierres,
Les grains dans les sillons, les ombres dans les biires,
La vague et la nuie, et devient une voix
De la nature, ainsi que la rumeur des bois.
Car voili, n'est-ce pas, tombeauxi bien des annies,
Que je marche au milieu des croix infortunies,
Echeveli parmi les ifs et les cypris,
L'éme au bord de la nuit, et m'approchant tout pris;
Et que je vais, courbi sur le cercueil austire,
Questionnant le plomb, les clous, le ver de terre
Qui pour moi sort des yeux de la tite de mort,
Le squelette qui rit, le squelette qui mord,
Les mains aux doigts noueux, les crénes, les poussiires,
Et les os des genoux qui savent des priires!
Hilas! j'ai fouilli tout. J'ai voulu voir le fond,
Pourquoi le mal en nous avec le bien se fond,
J'ai voulu le savoir. J'ai dit: Que faut-il croirei
J'ai creusà la lumiire, et l'aurore, et la gloire,
L'enfant joyeux, la vierge et sa chaste frayeur,
Et l'amour, et la vie, et l'éme, - fossoyeur.
Qu'ai-je apprisi J'ai, pensif, tout saisi sans rien prendre;
J'ai vu beaucoup de nuit et fait beaucoup de cendre.
Qui sommes-nousi que veut dire ce mot: Toujoursi
J'ai tout enseveli, songes, espoirs, amours,
Dans la fosse que j'ai creusie en ma poitrine.
Qui donc a la sciencei oé donc est la doctrinei
Oh! que ne suis-je encor le riveur d'autrefois,
Qui s'igarait dans l'herbe, et les pris, et les bois,
Qui marchait souriant, le soir, quand le ciel brille,
Tenant la main petite et blanche de sa fille,
Et qui, joyeux, laissant luire le firmament,
Laissant l'enfant parler, se sentait lentement
Emplir de cet azur et de cette innocence!
Entre Dieu qui flamboie et l'ange qui l'encense,
J'ai vicu, j'ai lutti, sans crainte, sans remord.
Puis ma porte soudain s'ouvrit devant la mort,
Cette visite brusque et terrible de l'ombre.
Tu passes en laissant le vide et le dicombre,
O spectre! tu saisis mon ange et tu frappas.
un tombeau fut dis lors le but de tous mes pas.
VI
Je ne puis plus reprendre aujourd'hui dans la plaine
Mon sentier d'autrefois qui descend vers la Seine;
Je ne puis plus aller oé j'allais; je ne puis,
Pareil à la laveuse assise au bord du puits,
Que m'accouder au mur de l'iternel abîme;
Paris m'est iclipsi par l'inorme Solime;
La haute Notre-Dame ? prisent, qui me luit,
C'est l'ombre ayant deux tours, le silence et la nuit,
Et laissant des clartis trouer ses fatals voiles;
Et je vois sur mon front un panthion d'itoiles;
Si j'appelle Rouen, Villequier, Caudebec,
Toute l'ombre me crie: Horeb, Cidron, Balbeck!
Et, si je pars, m'arrite à la premiire lieue,
Et me dit: Tourne-toi vers l'immensiti bleue!
Et me dit: Les chemins oé tu marchais sont clos.
Penche-toi sur les nuits, sur les vents, sur les flots!
A quoi penses-tu donci que fais-tu, solitairei
Crois-tu donc sous tes pieds avoir encor la terrei
Oé vas-tu de la sorte et machinalementi
O songeur! penche-toi sur l'itre et l'iliment!
Ecoute la rumeur des émes dans les ondes!
Contemple, s'il te faut de la cendre, les mondes;
Cherche au moins la poussiire immense, si tu veux
Miler de la poussiire ? tes sombres cheveux,
Et regarde, en dehors de ton propre martyre,
Le grand niant, si c'est le niant qui t'attire!
Sois tout ? ces soleils oé tu remonteras!
Laisse li ton vil coin de terre. Tends les bras,
O proscrit de l'azur, vers les astres patries!
Revois-y refleurir tes aurores flitries;
Deviens le grand oeil fixe ouvert sur le grand tout.
Penche-toi sur l'inigme oé l'itre se dissout,
Sur tout ce qui naît, vit, marche, s'iteint, succombe,
Sur tout le genre humain et sur toute la tombe!
Mais mon coeur toujours saigne et du mime céti.
C'est en vain que les cieux, les nuits, l'iterniti,
Veulent distraire une éme et calmer un atome.
Tout l'iblouissement des lumiires du déme
M'éte-t-il une larmei Ah! l'itendue a beau
Me parler, me montrer l'universel tombeau,
Les soirs sereins, les bois riveurs, la lune amie;
J'icoute, et je reviens à la douce endormie.
VII
Des fleurs! oh! si j'avais des fleurs! si je pouvais
Aller semer des lys sur ces deux froids chevets!
Si je pouvais couvrir de fleurs mon ange péle!
Les fleurs sont l'or, l'azur, l'imeraude, l'opale!
Le cercueil au milieu des fleurs veut se coucher;
Les fleurs aiment la mort, et Dieu les fait toucher
Par leur racine aux os, par leur parfum aux émes!
Puisque je ne le puis, aux lieux que nous aimémes,
Puisque Dieu ne veut pas nous laisser revenir,
Puisqu'il nous fait lécher ce qu'on croyait tenir,
Puisque le froid destin, dans ma geéle profonde,
Sur la premiire porte en scelle une seconde,
Et, sur le pire triste et sur l'enfant qui dort,
Ferme l'exil apris avoir fermà la mort,
Puisqu'il est impossible ? prisent que je jette
Mime un brin de bruyire ? sa fosse muette,
C'est bien le moins qu'elle ait mon éme, n'est-ce pasi
O vent noir dont j'entends sur mon plafond le pas!
Tempite, hiver, qui bats ma vitre de ta grile!
Mers, nuits! et je lai mise en ce livre pour elle!
Prends ce livre; et dis-toi: Ceci vient du vivant
Que nous avons laissi derriire nous, rivant.
Prends. Et quoique de loin, reconnais ma voix, éme!
Oh! ta cendre est le lit de mon reste de flamme;
Ta tombe est mon espoir, ma chariti, ma foi;
Ton linceul toujours flotte entre la vie et moi.
Prends ce livre, et fais-en sortir un divin psaume!
Qu'entre tes vagues mains il devienne fantéme!
Qu'il blanchisse, pareil ? l'aube qui pélit,
A mesure que l'oeil d e mon ange le lit,
Et qu'il s'ivanouisse, et flotte, et disparaisse,
Ainsi qu'un étre obscur qu'un souffle errant caresse,
Ainsi qu'une lueur qu'on voit passer le soir,
Ainsi qu'un tourbillon de feu de l'encensoir,
Et que, sous ton regard iblouissant et sombre,
Chaque page s'en aille en itoiles dans l'ombre!
VIII
Oh! quoi que nous fassions et quoi que nous disions,
Soit que notre éme plane au vent des visions,
Soit qu'elle se cramponne ? l'argile natale,
Toujours nous arrivons ? ta grotte fatale,
Gethsimani, qu'iclaire une vague lueur!
O rocher de l'itrange et funibre sueur!
Cave oé l'esprit combat le destin! ouverture
Sur le profonds effrois de la sombre nature!
Antre d'oé le lion sort riveur, en voyant
Quelqu'un de plus sinistre et de plus effrayant,
La douleur, entrer, péle, amire, ichevelie!
O chute! asile! é seuil de la trouble vallie
D'oé nous apercevons nos ans fuyants et courts,
Nos propres pas marquis dans la fange des jours,
L'ichelle oé le mal pise et monte, spectre louche,
L'épre frimissement de la palme farouche,
Les degris noirs tirant en bas les blancs degris,
Et les frissons aux fronts des anges effaris!
Toujours nous arrivons ? cette solitude,
Et, li, nous nous taisons, sentant la plinitude!
Paix ? l'Ombre! Dormez! dormez! dormez! dormez!
Etres, groupes confus lentement transformis!
Dormez, les champs! dormez, les fleurs! dormez, les tombes!
Toits, murs, seuils des maisons, pierres des catacombes,
Feuilles au fond des bois, plumes au fond des nids,
Dormez! dormez, brins d'herbe, et dormez, infinis!
Calmez-vous, forits, chine, irable frine, yeuse!
Silence sur la grande horreur religieuse,
Sur l'Ocian qui lutte et qui ronge son mors,
Et sur l'apaisement insondable des morts!
Paix ? l'obscuriti muette et redoutie!
Paix au doute effrayant, ? l'immense ombre athie,
A toi, nature, cercle et centre, éme et milieu,
Fourmillement de tout, solitude de Dieu!
O ginirations aux brumeuses haleines,
Reposez-vous! pas noirs qui marchez dans les plaines!
Dormez, vous qui saignez; dormez, vous qui pleurez!
Douleurs, douleurs, douleurs, fermez vos yeux sacris!
Tout est religion et rien n'est imposture.
Que sur toute existence et toute criature,
Vivant du souffle humain ou du souffle animal,
Debout au seuil du bien, croulante au bord du mal,
Tendre ou farouche, immonde ou splendide, humble ou grande,
La vaste paix des cieux de toutes parts descende!
Que les enfers dormants rivent les paradis!
Assoupissez-vous, flots, mers, vents, émes, tandis
Qu'assis sur la montagne en prisence de l'Etre,
Pricipice oé l'on voit pile-mile apparaître
Les criations, l'astre et l'homme, les essieux
De ces chars de soleils que nous nommons les cieux,
Les globes, fruits vermeils des divines ramies,
Les comites d'argent dans un champ noir semies,
Larmes blanches du drap mortuaire des nuits,
Les chaos, les hivers, ces lugubres ennuis,
Péle, ivre d'ignorance, ibloui de tinibres,
Voyant dans l'infini s'icrire des algibres,
Le contemplateur, triste et meurtri, mais serein,
Mesure le problime aux murailles d'airain,
Cherche ? distinguer l'aube ? travers les prodiges,
Se penche, frimissant, au puits des grands vertiges,
Suit de l'oeil des blancheurs qui passent, alcyons,
Et regarde, pensif, s'itoiler de rayons,
De clartis, de lueurs, vaguement enflammies,
Le gouffre monstrueux plein d'inormes fumies.
Guernesey, 2 novembre 1855, jour des morts.